Rapport marché crypto mars 2025 : est-ce le bear market ?
4 avril 2025

Dans cet article
Comme chaque mois, les équipes d’OAK Research vous proposent une analyse approfondie du marché des cryptomonnaies à travers les principales métriques fondamentales. Dans cette édition de mars 2025, nous nous pencherons sur l’évolution du cours du Bitcoin (BTC), de l'Ether (ETH) et de la dominance du BTC, au regard du contexte macro-économique et des annonces de Donald Trump. Nous étudierons également les mouvements des ETF Bitcoin et Ethereum spot, les tendances on-chain entre Ethereum et Solana et les principaux faits marquants du mois.
Vue d’ensemble du marché
Le mois de mars 2025 a été marqué par une instabilité persistante sur l’ensemble du marché crypto. Après la correction brutale du mois de février, alimentée par les craintes de recessions et la politique économique aggressive de Donald Trump, le cours du Bitcoin a connu beaucoup de volatilité.
Dès les premiers jours de mars, le BTC a grimpé de plus de 12 % pour retrouver le niveau des 95 000 dollars. Néanmoins, cette hausse a été complètement ravalée le lendemain, menant ensuite à une correction prolongée du Bitcoin vers un plus bas mensuel autour de 76 500 dollars. Le prix du BTC termine le mois de mars à environ 82 500 dollars, en recul de -2,2 %.
Concernant les altcoins, le sentiment est au plus bas. Pour le comprendre, il suffit de s’intéresser à leur principal représentant : l’Ether (ETH). Le cours de l’ETH a diminué de -18 % au mois de mars, clôturant aux alentours de 1800 dollars. Le niveau des 2000 dollars semble perdu pour le moment, et l’Ether affiche une piètre performance en 2025 : -46 % face au dollar et -38 % face au BTC.
Malgré cette tendance baissière sur les altcoins, quelques actifs ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Le mois a été dominé par des tokens à forte volatilité ou à faible capitalisation, notamment Saros (+754 %), Venom (+97 %), Solayer (+73 %), Fartcoin (+61 %) et EOS (+57 %).
La dominance de Bitcoin a continué sa progression tout au long du mois, atteignant près de 63 %, un plus haut de plusieurs mois. Cette montée reflète la tension généralisée des investisseurs, que ce soit sur les marchés financiers ou cryptos, qui cherchent le placement le plus sûr pour affronter la période d’incertitude dans laquelle nous sommes.
Dans ce contexte, les cryptos évoluent désormais au rythme des arbitrages de portefeuille, eux-même dictés par les évènements macroéconomiques — un signal fort de maturité mais aussi de dépendance croissante aux cycles globaux, remettant potentiellement en cause les bullruns traditionnels.
Contexte macroéconomique
L’environnement macroéconomique mondial s’est considérablement détérioré en mars. Cela devrait encore se poursuivre au mois d’avril, sous l’impulsion d’une décision historique de Donald Trump ce 2 avril : l’instauration de nouveaux tarifs douaniers massifs sur les importations étrangères. Annoncés comme les plus importants depuis un siècle, ces tarifs visent principalement les grandes zones industrielles mondiales :
- 54 % sur les produits chinois
- 46 % sur ceux du Vietnam,
- 32 % pour Taïwan,
- 24 % pour le Japon,
- 20 % pour l’Union européenne.
Ces mesures protectionnistes dépassent de loin les anticipations. En réaction, les marchés américains ont corrigé violemment, tandis que l’indice du dollar et les rendements obligataires se sont effondrés, traduisant une aversion accrue au risque et des craintes de ralentissement économique global.
L’objectif affiché est clair : forcer les entreprises à relocaliser leur production sur le sol américain. Certaines y répondent favorablement — TSMC, par exemple, a annoncé un investissement de 100 milliards de dollars dans une usine aux États-Unis. D’autres, comme Apple, risquent en revanche de voir leurs marges affectées, avec certaines de leurs chaînes d’approvisionnement désormais soumises à des droits de douane dépassant 40 %.
Deux scénarios se dessinent :
- Soit les entreprises réduisent leurs marges pour absorber les hausses, ce qui pèse sur leurs résultats et leurs cours boursiers ;
- Soit elles augmentent les prix, ce qui pèse sur le pouvoir d’achat et la consommation.
Or, il faut rappeler que près de 50 % de la consommation américaine provient des foyers les plus aisés, disposant d’une épargne investie massivement sur les marchés. Si ces derniers vacillent, la confiance et les dépenses chutent, amplifiant le risque de contraction économique.
Ce climat tendu pousse les investisseurs à se repositionner sur des valeurs refuges : obligations d’État, or — et de manière plus sélective, Bitcoin. Mais dans l’ensemble, la pression reste forte sur les actifs risqués, et les altcoins sont les premières victimes de cette revalorisation du risque.
Cette section vous est proposée par l’équipe de infoeco, un média d’actualités spécialisés sur l’économie et les marchés financiers traditionnels. Rejoignez-les sur leurs réseaux sociaux pour en savoir plus.
ETF Bitcoin spot
Après un mois de février marqué par des retraits massifs (-3,55 milliards de dollars), les ETF Bitcoin spot ont enregistré un ralentissement des sorties en mars, avec des flux nets négatifs de -680 millions de dollars. La tendance reste baissière, mais les montants en jeu sont nettement moins spectaculaires.
Sur le mois, tous les émetteurs ou presque sont restés en négatif, à l’exception notable du IBIT de BlackRock (256,9 millions de dollars), qui conforte sa position de leader du secteur, ainsi que BTC (65,2 millions de dollars) et HODL (13,5 millions de dollars). À l’inverse, les plus fortes sorties ont concerné une nouvelle fois FBTC (-285,1 millions de dollars) et GBTC (-230,5 millions de dollars).
La dynamique de février — marquée par une fuite brutale des capitaux institutionnels — semble s’être atténuée, mais le désintérêt pour les ETF Bitcoin reste visible, en particulier sur les produits les plus exposés au retail (GBTC) ou aux stratégies d’arbitrage (FBTC/IBIT). En revanche, la présence de flux positifs chez certains émetteurs suggère un début potentiel de stabilisation du marché, à surveiller en avril, notamment en fonction du contexte macroéconomique.

ETF Ethereum spot
Contrairement au mois précédent, où les ETF Ethereum avaient étonnement terminé dans le vert (+60 millions de dollars), mars a marqué un retournement avec des sorties nettes de -389 millions de dollars, confirmant la sous-performance croissante de l’ETH face au Bitcoin dans les portefeuilles institutionnels.
Le produit le plus impacté reste ETHA de BlackRock (-200,9 millions de dollars), qui concentre plus de la moitié des sorties mensuelles. Suivent ETHE (-91,5 millions de dollars) et FETH (-56,9 millions de dollars), les autres ETF les plus valorisés de la catégorie. Les autres fonds comme QETH, ETHW, EZET ou ETHV n’ont pas bénéficié d’un engouement significatif, enregistrant de longue journées sans aucune entrées ou sorties.
Cette tendance reflète la faiblesse structurelle d’Ethereum sur le trimestre, avec une chute de son prix, une dégradation de l’activité on-chain et des doutes persistants sur sa valorisation. La rotation des capitaux vers le Bitcoin se confirme, et l’intérêt institutionnel pour l’ETH semble s’éroder, du moins à court terme.

Ethereum vs Solana
Après plusieurs mois de domination nette de Solana sur l’activité on-chain, Ethereum a repris l’ascendant sur plusieurs fronts au mois de mars. Bien que les memecoins aient représenté une locomotive pour l’écosystème Solana en 2024 et au début de 2025, l’effondrement brutal du secteur a inversé la tendance.
En mars 2025, les volumes de trading sur les DEX Ethereum ont totalisé 57,9 milliards de dollars, contre 45,2 milliards pour Solana. Ce retour en force est d’autant plus significatif que Solana avait pris l’habitude de devancer Ethereum sur cette métrique depuis septembre 2024, porté par l’explosion des memecoins.

Néanmoins, la baisse d’activité du secteur, consécutive aux scandales liés aux tokens LIBRA, TRUMP et MELANIA, a entraîné une chute de 95 % des revenus de Pump.fun, révélant la fragilité de la demande spéculative sur Solana. En parallèle, Ethereum a bénéficié d’un regain d’intérêt pour ses DEX historiques (Uniswap, Curve, etc.), soutenus par l’essor des stablecoins et l’institutionnalisation des activités on-chain.
Sur les frais générés, Solana conserve une légère avance, avec 31,5 millions de dollars de frais collectés en mars, contre 20,8 millions pour Ethereum. Toutefois, cette domination est en trompe-l’œil : ces chiffres incluent les fees générées par l’activité MEV sur Solana, qui reste particulièrement concentrée et ne bénéficie pas réellement à l’ensemble des stakers.
Là encore, la dynamique est à surveiller : les frais sur Ethereum sont en croissance constante depuis janvier, tandis que ceux de Solana amorcent un recul après leur pic lié à l’explosion des memecoins.
Les faits marquants de mars
Solana : réforme inflationniste avortée
Le rejet de la proposition SIMD-228 a mis en lumière énorme débat dans la gouvernance de Solana. Prévue pour remplacer le modèle d’émission fixe par une inflation dynamique indexée sur le taux de staking, la proposition visait à réduire significativement la quantité de SOL émis chaque année. À taux de participation constant (environ 65 % de SOL en staking), l’inflation aurait chuté de 4,7 % à 0,9 %, avec pour objectif de limiter la dilution et rediriger le capital vers la DeFi.
Malgré un soutien initial massif, le vote a basculé à quelques heures de la clôture, sous l’impulsion des petits validateurs qui ont massivement rejeté le projet. Résultat final : 58,7 % de votes favorables, en-deçà du seuil de 66,7 % requis.
Cette division illustre des intérêts économiques divergents :
- Les gros validateurs, exposés aux revenus MEV et moins dépendants des émissions inflationnistes, ont soutenu le changement.
- Les petits validateurs, pour qui l’inflation constitue une source de revenu essentielle, ont vu dans la proposition une menace directe à leur viabilité.
Au-delà des considérations techniques, le SIMD-228 soulève un débat idéologique plus large : faut-il privilégier la soutenabilité à long terme du réseau au prix d’un recentrage de la validation entre quelques acteurs ? Rien ne dit que cette réforme ne reviendra pas sous une autre forme dans les prochains mois, mais elle marque un tournant dans la gouvernance de Solana.
→ Retrouvez notre analyse sur le SIMD-228 de Solana (SOL), fonctionnement et débats dans la communauté :
Pump.fun vs Raydium : la guerre est déclarée
Autre fracture et toujours dans l’écosystème Solana, cette fois commerciale : la guerre entre Pump.fun et Raydium, deux anciens partenaires devenus rivaux dans l’univers des memecoins.
- Le 19 mars, Raydium a lancé LaunchLab, un launchpad permissionless directement concurrent de Pump.fun.
- Moins de 24h plus tard, Pump.fun a riposté avec PumpSwap, un AMM natif intégré, rompant définitivement avec Raydium.
Les deux plateformes cherchent désormais à capter la totalité de la valeur générée par les memecoins, sans dépendre de leur ancien partenaire. Mais cette guerre arrive dans un contexte compliqué pour le marché des cryptomonnaies, et d’autant plus sévère pour les memecoins :
- Le nombre de tokens migrés depuis Pump.fun est passé de 1 200 par jour à moins de 200.
- Les revenus quotidiens ont chuté de 95 %, passant de 15,38 millions de dollars en janvier à environ 1 millions de dollars en mars.
- Les scandales récents (TRUMP, MELANIA, LIBRA) ont provoqué plusieurs milliards de pertes pour les traders, qui ne voient plus les memecoins comme une réelle opportunité de marché.
La question n’est donc plus seulement qui dominera le secteur des memecoins, mais si celui-ci a encore un avenir à court terme. À noter toutefois : Pump.fun pourrait recourir à un airdrop pour retenir ses utilisateurs, une arme que Raydium ne possède plus vraiment.
→ Retrouvez notre insight sur Pump.fun vs. Raydium, la guerre des memecoins sur Solana :
Hyperliquid : l’incident JELLY
Le 26 mars, Hyperliquid a été confronté à une attaque sophistiquée centrée sur le token JELLY, révélant plusieurs failles importantes dans son mécanisme de liquidation. Un seul trade — un short de 4,5 millions de dollars, volontairement liquidé par le trader — a suffi à faire vaciller le protocole, en piégeant le Liquidator Vault et en créant une perte latente de plus de 12 millions de dollars au pic.
L’origine du problème : le système de liquidation automatique n’a pas trouvé assez de liquidité sur le carnet d’ordre pour exécuter la fermeture de la position. Cette dernière a donc été reprise par le HLP (Hyperliquidity Provider), via le module Liquidator Vault, dont le rôle est de liquider les positions en difficulté. Mais la situation a dégénéré lorsqu’un acteur externe — de concert avec le trader — a artificiellement fait bondir le prix du JELLY de +250 %, transformant une liquidation classique en dette systémique pour le protocole.
Ce scénario aurait dû activer un mécanisme de dernier recours, l’auto-deleveraging (ADL). Mais celui-ci ne s’est pas déclenché, car la mutualisation des fonds au sein du HLP empêchait le système de détecter la perte comme critique — le calcul étant fait à l’échelle du vault global, et non du Liquidator Vault. En d’autres termes, l’architecture du protocole a dissimulé l’urgence de la situation.
Face à ce bug de design, l’équipe a réagi dans l’urgence : un vote des validateurs a permis de modifier temporairement le prix de l’oracle du JELLY afin de solder la position au prix d’avant les évènements (oracle override), annulant la perte pour le HLP. L’équipe a néanmoins indemniser les traders en position long (hors portefeuilles “flag” ayant participé à l’attaque).
L’incident, bien que contenu, a soulevé de nombreuses questions sur la sécurité, la gouvernance et le niveau réel de décentralisation du protocole. En réponse, Hyperliquid a lancé une série de réformes structurantes :
- Cloisonnement du Liquidator Vault, désormais plafonné à une part minoritaire du HLP.
- Ajout d’un seuil de déclenchement spécifique à l’ADL, activé dès qu’un sous-module subit une perte critique.
- Révision de la formule d’Open Interest Cap, désormais ajustée dynamiquement selon la capitalisation et la liquidité réelle du token.
- Création d’un processus on-chain de délisation, pour supprimer rapidement un actif trop risqué.
→ Retrouvez notre analyse de Hyperliquid et l'attaque JELLY pour comprendre la faille technique et les solutions de l'équipe :