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Le 8 septembre, Meta a lancé Muse, son premier agent IA grand public, et le succès a été immédiat avec un lancement qui bat celui de ChatGPT et un titre Meta en hausse de 11% en une séance. Mais derrière l'engouement, une question se pose pour les investisseurs, à savoir qui profite réellement de l'explosion de l'IA agentique. Dans cette analyse, nous décryptons le fonctionnement de Muse, la façon dont Meta compte le monétiser, la menace qu'il fait peser sur les agrégateurs comme Booking, et surtout pourquoi ce lancement réveille toute la chaîne de valeur des fabricants de CPU comme AMD, Intel et Arm.
Nous vous parlions déjà du comeback de Meta dans la course à l'IA dans notre Alpha du 10 juillet dernier, où nous analysions sa stratégie d'intégration dans la chaîne de valeur.
À l'époque, il manquait encore un produit grand public capable de prouver que ces milliards d'investissements pouvaient réellement toucher le consommateur. C’est désormais chose faite avec Muse.
Muse est un agent personnel qui exécute réellement des tâches pour vous, en autonomie. Par exemple, vous lui demandez de trouver un hôtel à New York sous 200 dollars, de commander un repas au meilleur prix ou d'annuler un abonnement, et il le fait.
Il peut même aller jusqu’à vous demander validation pour payer via Stripe, qui génère une carte virtuelle à usage unique pour que vos vraies coordonnées bancaires restent sécurisées.
Concrètement, Muse accède aux services extérieurs de trois façons :

Le lancement est une vraie réussite, avec plus de 2,8 millions de téléchargements en 12 jours et une première place sur les stores américains.
Surtout, Muse a fait mieux que ChatGPT à ses débuts, avec 1,8 million de téléchargements sur iOS aux États-Unis et au Canada contre 1,3 million pour ChatGPT sur la même période post-lancement. Muse a même atteint 448 000 utilisateurs actifs quotidiens en 10 jours, là où ChatGPT avait mis 49 jours pour atteindre un niveau comparable.
Autrement dit, Muse a réalisé le plus grand lancement d'IA grand public depuis ChatGPT.
Aujourd'hui, Muse sait déjà réserver, comparer et acheter, mais ces achats restent encore marginaux à l'échelle du marché, et ne menacent donc pas réellement le business des intermédiaires pour l'instant. Selon nous, cela devrait toutefois changer très vite.
En effet, un humain compare trois ou quatre options avant de choisir celle qu'il préfère, parce que son temps vaut plus que les 10 dollars qu'il économiserait en cherchant davantage.
Un agent, lui, compare des centaines d'options en quelques secondes et optimise selon vos critères exacts. Cette asymétrie d'information, sur laquelle les agrégateurs ont bâti leur marge pendant vingt ans, disparaît, et le bénéfice revient au consommateur.
Les plus menacés sont les agrégateurs de voyage comme Booking, Trivago ou Kayak, dont le métier se résume à être le lieu où l'on cherche et compare, soit précisément ce que l'agent fait désormais à votre place.
À l'inverse, des acteurs comme Uber sont mieux protégés, car même si l'agent compare les prix entre plateformes, il faut toujours quelqu'un pour livrer le repas ou conduire le passager.
Les grands gagnants, quant à eux, sont les géants du paiement comme Stripe, qui encaissent le volume de transactions généré par Muse, ainsi que les réseaux de cartes comme Visa et Mastercard.
Reste la question centrale, celle de la monétisation, puisque le marché a bien compris que Muse pouvait devenir bien plus qu'un simple agent. Ainsi, on distingue quatre types de monétisation potentiels.
Même si le groupe assure que les conversations avec Muse ne nourrissent pas directement son moteur publicitaire, l'agent favorise la conversion entre la publicité et l'achat. Si Muse facilite le passage à l'acte après qu'un utilisateur a vu une pub, la valeur de cette pub augmente mécaniquement.

Muse est gratuit dans une certaine limite, puis passe à 20 ou 100 dollars par mois pour les utilisateurs qui consomment le plus de crédits. Mais un agent qui connaît vos préférences après quelques mois d'usage devient très difficile à quitter, exactement comme les utilisateurs sont restés sur ChatGPT par simple habitude.
En supposant une conversion de seulement 1% de la base de Meta, soit environ 36 millions d'utilisateurs, à 10 dollars par mois, cela représenterait déjà près de 4,3 milliards de revenus annuels supplémentaires pour l'entreprise.

Mark Zuckerberg l'a dit explicitement, le plan est de prendre « une toute petite commission » sur les transactions, prélevée non pas sur l'utilisateur mais sur les commerçants qui bénéficient du trafic envoyé par Muse.
Rien n'est encore acté, mais si Muse devient le point de départ des achats, cette ligne de revenus pourrait devenir considérable.
Hier, Amazon a purement et simplement bloqué Muse de son site, après que Meta a refusé de retirer Amazon de l'expérience. Les utilisateurs voient désormais un message indiquant que l'accès par un agent IA non autorisé viole les conditions d'utilisation d'Amazon.
Pour Amazon, cette décision est logique puisque si les clients achètent via un agent, Amazon perd les précieux revenus de la publicité sponsorisée sur sa plateforme.
D'autre part, Amazon invoque un vrai problème, à savoir que pour agir sur le compte de l'utilisateur, Muse doit se connecter à sa place avec ses identifiants Amazon, sans jamais signaler qu'il s'agit d'un agent et non d'un humain.
Ils estiment que le fait de confier ainsi ses identifiants de connexion à Meta fait peser un risque de sécurité et de confidentialité sur leurs clients.
À l'inverse, Shopify a fait le choix de faire un partenariat direct avec Meta. L'accord permet à Muse de naviguer sur les boutiques propulsées par Shopify et d'y finaliser les achats, en s'appuyant sur Shop Pay, le service de paiement en un clic de Shopify qui conserve déjà les informations de paiement et de livraison des clients.
Là où Amazon voit une menace, Shopify voit une opportunité, celle d'offrir à Muse un accès encadré à des millions de commerçants, avec le consentement du marchand intégré dès le départ.
Ces deux réactions opposées, le blocage frontal d'un côté, la coopération de l'autre, résument à elles seules le dilemme auquel chaque plateforme va devoir répondre face à la montée des agents.
C'est sans doute l'angle le plus intéressant pour l'investisseur, et celui qui explique l’explosion d'AMD, Intel et Arm ces derniers jours.
Jusqu'ici, l'IA était surtout une histoire de GPU, ces puces chargées d'entraîner les modèles et de générer des tokens. Un agent comme Muse repose évidemment sur cette brique, mais son fonctionnement va bien au-delà de la simple génération de texte.
Chez Meta, chaque utilisateur dispose de sa propre machine virtuelle, avec un navigateur à faire tourner, des appels d'outils à exécuter et toute une orchestration à gérer. Or ce travail-là ne relève pas du GPU mais du CPU, le processeur classique, au point que les appels d'outils représenteraient à eux seuls environ 66% du temps qu'un agent passe à accomplir une tâche.
En clair, si les agents comme Muse atteignent des centaines de millions d'utilisateurs, chacun avec sa machine virtuelle tournant en continu, cela crée une demande colossale pour les CPU serveur et la mémoire.
Pour vous donner un ordre de grandeur, un scénario à 100 millions d'utilisateurs dédiés nécessiterait environ 1,6 million de puces serveur, soit à peu près 15% de ce qu'AMD écoule en une année entière
Le CEO d'Intel a d'ailleurs indiqué que la demande était si forte qu'il ne pouvait en satisfaire que la moitié, et la CEO d'AMD, Lisa Su, l'avait anticipé dès 2025 en soulignant que « l'adoption de l'IA agentique génère une demande croissante pour les systèmes de calcul généralistes ».
Dans notre dernière Alpha Premium, nous avons compilé les principales entreprises qui pourraient profiter de l'essor de l'IA agentique porté par Muse, avec pour chacune une lecture de sa valorisation et de son exposition réelle à cette nouvelle demande.
Parce qu'aujourd'hui, profiter du lancement de Muse ne consiste peut-être plus seulement à acheter Meta. Il s'agit aussi de comprendre qui fournit l'infrastructure derrière chaque agent, quelles entreprises captent la demande de CPU, et lesquelles sont les mieux positionnées pour la prochaine phase de l'IA agentique.
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