OAKResearch

Accueil

Données

Cryptos
TradFi
Projets
Hyperliquid
OAK Index
Rendements
Portefeuilles

Recherche

Voir tout
Premium

Fil d'actualité

Actualités
Alpha Feed
Récap
Monitoring

À propos

Store

Block Note

Services

Notre Équipe

Auteurs

Brand Kit

Affiliation

Discord

Instagram

Telegram

Tiktok

Twitter

Youtube

Mentions légales

  1. Accueil
  2. Rapports
  3. Protocoles
  4. Faut Il Croire Ethereum Eth 2026

Actifs liés

Ethereum3.69%
$1,866.45
Market Cap: $225,232,449,193

Table des matières

  • Le grand paradoxe d’Ethereum
  • Comprendre la crise récente d’Ethereum
    • Un record d'activité mais un actif délaissé
    • Un réseau qui ne capture aucune valeur
    • La crise de gouvernance de la Fondation
    • Le choc du 18 avril
  • La Fondation se réinvente
    • Le Mandate, ou l'acte de naissance du renouveau
    • Le 23 juin, la grand dégraissement
    • Un vide de pouvoir parfaitement assumé
  • Le grand “unbundling” de l’Ethereum Foundation
    • Etherealize, le premier à sauter le pas
    • EthLabs, pour la recherche appliquée
    • Ethereum Institutional, la porte d'entrée des institutions
    • EthSystems, la privacy pour les banques
    • Le modèle Linux appliqué à Ethereum
  • Une roadmap qui exécute enfin
    • Fusaka
    • Glamsterdam
    • Hegotá
    • Lean Ethereum
  • Les institutions arrivent en force
    • Le contexte réglementaire fait enfin un cadeau à Ethereum
    • Le 1er juillet, une date clé
    • La course aux réserves de stablecoins
    • L'Asie n'est pas en reste
    • Les ETF et les treasuries changent de nature
  • Conclusion

Faut-il de nouveau croire en Ethereum (ETH) en 2026 ?

Publié le3 août 2026

EthereumETEthereum-0.04%
Faut-il de nouveau croire en Ethereum (ETH) en 2026 ?
MettreOAK Researchen source préférée sur

Depuis le début de l’année 2026, Ethereum a enregistré des records historiques d’activité. Dans le même temps, l'ETH a perdu jusqu’à 44 % de sa valeur sur le marché. Un avantage technologique qui n’apporte aucune valeur économique, c’est le grand paradoxe d’Ethereum. Mais depuis avril 2026, l’écosystème a traversé une séquence d’évènements qu’on n’avait plus vu depuis longtemps : une Fondation qui se retire volontairement, des entités indépendantes qui émergent pour prendre chacune en charge une verticale précise, une roadmap technique enfin lisible et des institutions financières qui passent à la vitesse supérieure. Voici notre grand état des lieux de la transformation d’Ethereum et pourquoi nous pensons que le vent tourne enfin pour ETH.


Le grand paradoxe d’Ethereum

Il existe aujourd’hui deux manières radicalement différentes de raconter l’histoire d’Ethereum. La première concerne le marché et les performances d’ETH, la seconde parle du réseau et du développement de l’écosystème.

En regardant Ethereum par le prisme du marché, la conclusion est évidemment brutale. Un token ETH en baisse d’environ 44 % depuis le début de l’année 2026 et de 67 % depuis son plus haut historique d’août 2025, un record qu'il aura mis 1 379 jours à battre pour seulement 87 dollars de plus que le précédent. À cela s’ajoutent une sous-performance de quatre longues années face au BTC, des ETF en pleine hémorragie et des treasury companies dont les actions ont perdu près de 90 % depuis leurs sommets.

Pour autant, si l’on regarde uniquement les métriques du réseau, l’histoire est complètement différente. Un record absolu d'utilisation depuis le début de l’année 2026, environ 60 % de l'offre mondiale de stablecoins et pratiquement deux tiers de l’offre de RWA. Mais surtout, ce ne sont plus le même niveau d’acteurs qui utilisent Ethereum. On parle désormais de BlackRock, dont le fonds BUIDL dépasse 2,5 milliards de dollars, JPMorgan et ses deux fonds monétaires tokenisés, Amundi et ses 2 400 milliards d'euros sous gestion, ou encore Franklin Templeton.

Ce grand écart entre l'usage du réseau et la valorisation d’ETH est le résumé de ce cycle vécu par Ethereum. Pendant plusieurs années, l’écosystème a donné l'impression d'avancer dans une direction menée par Vitalik et l’Ethereum Foundation, sans jamais considérer la manière de transformer son avantage technologique en avantage économique. L’activité augmentait, mais Ethereum captait de moins en moins de valeur.

L’un des points d’orgue de ce grand paradoxe est le pari stratégique sur les layers 2. Si elle était défendable en premier lieu (vouloir des frais d’utilisations proche de zéro pour accélérer l’adoption et rivaliser avec les layer 1 concurrentes), elle a indéniablement menée à une fragmentation des liquidités et une chute monumentale des revenus d’Ethereum. Un résultat que beaucoup d’investisseurs ont perçu comme un raté, qu’ils ont mis sur le dos de l’Ethereum Foundation, critiquée notamment pour sa lenteur, son manque de lisibilité et son incapacité à incarner une direction claire.

Mais depuis le mois d’avril, une série d'événements commence à vouloir écrire une histoire différente. La Fondation s'est restructurée en profondeur et a assumé de réduire son propre rôle. De nouvelles organisations indépendantes ont été créées en quelques semaines pour prendre le relais sur des missions précises. Vitalik Buterin a redonné un cap au protocole avec la roadmap la plus ambitieuse depuis The Merge. Et les institutionnels sont, eux, plus présents que jamais.

Pour la première fois depuis longtemps, Ethereum semble retrouver une direction. Dans cette analyse, nous revenons en détail sur l'ensemble des événements survenus entre avril et juillet 2026 pour comprendre pourquoi, au creux du pire bear market d’ETH, les fondations d'un renouveau sont en train de se mettre en place.

Devenir Premium

Débloquez l'ensemble de nos analyses et obtenez l'info utile, au bon moment.


Comprendre la crise récente d’Ethereum

Un record d'activité mais un actif délaissé

Pour bien comprendre l'importance des évènements qui se jouent actuellement, il faut d'abord mesurer l'ampleur de la crise qui a affecté (et affecte probablement encore un peu) Ethereum. Nous en avons déjà parlé légèrement en introduction, mais revenons dessus dans le détail.

Début juillet 2026, l'ETH s'échangeait autour de 1 610 dollars, soit environ 67 % sous son record d'août 2025 à près de 4 955 dollars. Une chute plus sévère que celle du BTC, puisque l'ETH le sous-performe d'environ 40 % sur cette même période. Ce problème ne date pas d'hier, puisque si vous aviez acheté de l'ETH en janvier 2023, au début du bullrun, vous auriez perdu 64 % face au BTC.

Les ETF spot américains, censés incarner la fameuse demande institutionnelle que tout le monde attendait, n'ont tout simplement jamais vraiment connu le succès de leurs homologues sur BTC. Quant aux Ethereum Treasury Companies, dont le modèle avait porté le marché en 2025, elles ont vu leurs multiples de valorisation s'effondrer ces derniers mois : de x25 en août 2025 à x1,1 début 2026 pour SharpLink, dont l'action a perdu 90 % de sa valeur sur la période.

flux-nets-etf-btc-eth-q3-26.webp

Et pendant que tout cela se produisait, le réseau battait tranquillement son record de 200,4 millions de transactions et de 755 000 adresses actives quotidiennes au premier trimestre 2026. La quantité de stablecoins en circulation atteignait un nouveau record historique au-delà de 167 milliards de dollars en avril, tandis que près de 90 % des transactions de l'écosystème étaient désormais exécutées par ses layers 2, dont la TVL cumulée atteignait environ 41 milliards de dollars.

Comment ne pas conclure de ces chiffres que, sur le papier, la stratégie menée depuis des années fonctionnait exactement comme prévu ? Ethereum est parvenu à maintenir sa dominance face aux layer 1 concurrentes ainsi qu'à faire migrer une partie de son activité vers ses layer 2, tout en restant la couche de sécurité et de data availability de référence. Pour autant, n'est-ce pas précisément là que se trouvait le vrai problème d'Ethereum ?

Un réseau qui ne capture aucune valeur

Pendant des années, nous avons défendu que la migration de l'activité vers les layers 2 était l'objectif même de la roadmap d'Ethereum. Le layer 1 ne devait pas nécessairement exécuter chaque transaction, mais il était primordial qu'il conserve son rôle de couche de settlement, de sécurité et de data availability.

Cette vision était techniquement cohérente, notamment face à des concurrents comme Solana, dont la vision était d'être une blockchain unique, capable de tout gérer en propre et de capter la majorité des revenus associés à l'activité. Nous pensions qu'il était préférable d'axer sur la sécurité et la décentralisation du réseau et de passer par les layers 2 pour cocher la case de la scalabilité.

Néanmoins, cette vision est rapidement devenue indéfendable d'un point de vue économique. Depuis l'introduction des blobs avec l'EIP-4844, les layers 2 publient leurs données sur Ethereum pour un coût dérisoire. Auparavant, celles-ci étaient contenues dans la fonction CALLDATA du layer 1, dont l'espace était restreint, ce qui menait à une augmentation excessive des coûts.

frais-layer2-eth-2026.webp

Certes, les coûts de stockage des données ont drastiquement diminué pour les layers 2, permettant aux utilisateurs de profiter de transactions presque gratuites, mais les revenus perçus par le layer 1 se sont aussi effondrés. L'activité des rollups a grimpé sans jamais entraîner de hausse des frais perçus par Ethereum, réduisant ainsi le burn, si bien que l'ETH est redevenu légèrement inflationniste.

On a d'ailleurs rapidement constaté que la majorité des layers 2 utilisaient les règles à leur avantage pour éviter au maximum de payer des frais à Ethereum. Le fait qu'elles fonctionnent quasiment toutes avec leur propre séquenceur centralisé leur permet de capter et conserver la quasi-totalité des frais générés par le réseau, mais surtout de gérer certaines actions elles-mêmes pour optimiser leurs dépenses et leurs revenus, au détriment du layer 1.

À titre d'exemple, lors des pics d'activité, censés générer plus de frais pour le layer 1, elles choisissaient fréquemment de reporter le "batching". Cette subtile manipulation leur permettait de maintenir des coûts faibles en ne dépassant pas la limite de blobs par bloc. Pour certains, et nous en faisons partie, ce comportement est critiquable car il remet clairement en question l'alignement de ces layers 2 avec Ethereum.

Toujours est-il que cette stratégie d'Ethereum était souvent présentée comme celle du "loss leader", dont le but était par exemple de proposer de l'espace de blobs à perte pour concurrencer les projets spécialisés dans la "data availability". Et cette stratégie a clairement porté ses fruits, puisque les layer 2 se sont multipliées depuis la mise à jour Dencun, et les blobs sont aujourd'hui la solution majoritaire pour inscrire leurs données de transactions.

La crise de gouvernance de la Fondation

Les critiques se sont alors progressivement déplacées du protocole vers l'organisation chargée d'accompagner son développement. Depuis des mois, l'Ethereum Foundation était accusée d'avancer trop lentement, de manquer de lisibilité, de ne pas suffisamment soutenir son propre écosystème (que ce soit par de la visibilité ou des délégations d'actifs) et de ne pas se focaliser sur l'attractivité de l'ETH en tant qu'actif.

Il faut rappeler une vérité trop souvent oubliée. Ethereum est l'un des projets les plus anciens de l'écosystème, coincé entre l'ancien temps (la décentralisation totale de l'organisation à l'image de Bitcoin) et le nouveau cycle (de véritables entreprises dont la volonté est de faire grandir le business). Ethereum n'a pas de CEO, personne ne peut imposer une stratégie et coordonner l'ensemble des développeurs d'un simple mémo.

La Fondation n'est juridiquement ni la propriétaire du protocole, ni l'équipe directrice derrière Ethereum. Pour autant, elle restait son organisation la plus visible, finançait une partie importante de la recherche et employait plusieurs des cerveaux les plus influents du réseau. Elle était donc le réceptacle naturel de toutes les frustrations lorsque la roadmap devenait difficile à comprendre ou que l'ETH sous-performait.

Ces critiques ont pris une dimension bien plus sérieuse début 2026, au moment précis où la Fondation perdait ses figures les plus importantes. Tomasz Stańczak, l'un des deux co-directeurs exécutifs, a quitté ses fonctions en février. Hsiao-Wei Wang, l'autre co-directrice, a suivi avec un départ effectif le 18 juin.

Au total, neuf responsables ou contributeurs seniors ont quitté la Fondation en quelques mois, parmi lesquels plusieurs figures historiques de l'écosystème comme Josh Stark ou Trent Van Epps, laissant le board member Bastian Aue assurer l'intérim. Sur le papier, une simple série de départs. Dans les faits, l'impression que même les plus gros believers décidaient de quitter le navire au moment où il aurait fallu tenir la barre.

Le choc du 18 avril

Comme si cette crise de confiance ne suffisait pas, un dernier évènement est venu apporter un coup de massue à ce qui restait jusqu’ici la force inébranlable d’Ethereum : son écosystème de finance on-chain. Le 18 avril, le hack de KelpDAOvia l’infrastructure LayerZero a permis la création de 116 500 rsETH sans le moindre collatéral réel, aussitôt réutilisés sur différents protocoles de lending pour dérober près de 292 millions de dollars, dans une attaque attribuée au groupe Lazarus.

La contagion a été immédiate et brutale. La TVL de la DeFi a chuté d'environ 7 % en 24 heures, Aave a absorbé plus de 10 milliards de dollars de sorties, et plus de 25 protocoles ont préventivement gelé leurs bridges. Le pire des scénarios pour un écosystème qui essayait justement de convaincre les institutions de lui confier des milliards de dollars.

Nous avons couvert cet épisode en détail dans notre rapport d'enquête sur le hack de KelpDAO, puis dans notre éditorial sur LayerZero, et il constitue selon nous le point bas psychologique de toute la période. Le décor est désormais complet : un réseau utilisé comme jamais, un actif délaissé comme rarement, un modèle économique contesté, une organisation historique en perte de vitesse et une finance on-chain traumatisée. Et c'est très exactement dans ce creux, et non depuis un sommet triomphant, que tout a commencé à changer.

Discord OAK

Analyses de marché, alphas, données et discussions, réunis au même endroit.


La Fondation se réinvente

Le Mandate, ou l'acte de naissance du renouveau

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la transformation d'Ethereum n'a pas débuté avec les licenciements du mois de juin. Elle a été pensée et écrite bien avant, dès le 13 mars 2026, lorsque la Fondation a publié son Mandate. Ce document, à mi-chemin entre la constitution et le manifeste, est probablement le texte le plus important qu'ait produit l'Ethereum Foundation depuis des années.

Le Mandate recentre l'organisation sur une poignée de propriétés fondamentales, résumées par l'acronyme CROPS : résistance à la censure, ouverture, privacy et sécurité. Mais derrière ce vocabulaire un peu technique se cache un changement de posture important. La Fondation cesse de se présenter comme le builder et le coordinateur principal d'Ethereum pour se redéfinir comme un simple "steward" de long terme, un gardien du protocole parmi d'autres.

Un passage du mandat du cluster Protocol mérite d'être lu attentivement, car il dit tout. La Fondation y explique qu'elle n'existe pas pour rendre Ethereum plus "marketable", ni pour en faire un outil financier contrôlé par des intermédiaires. Autrement dit, l'EF assume publiquement de ne plus vouloir porter elle-même l'agenda commercial et institutionnel d'Ethereum, alors même que la demande des institutions n'a jamais été aussi forte.

Vous l'avez compris, ce choix allait logiquement créer un vide. Mais c'est très exactement ce vide qui explique tout ce qui a suivi.

Le 23 juin, la grand dégraissement

Le 23 juin 2026, la Fondation a mis en application ce que son Mandate théorisait, et la nouvelle a fait l'effet d'un électrochoc. 54 postes supprimés, soit environ 20 % d'un effectif d'à peu près 270 personnes. Un budget opérationnel 2026 réduit d'environ 40 %. Et la fermeture pure et simple de PSE (Privacy and Scaling Explorations), son laboratoire historique de cryptographie appliquée, à qui l'on doit une grande partie du tooling zero-knowledge de l'écosystème.

Derrière ces coupes se cache surtout un changement complet de philosophie financière. Jusqu'ici, la Fondation dépensait environ 15 % de sa trésorerie chaque année, un rythme intenable sur le long terme qui l'aurait mené à épuiser ses réserves. Vitalik a donc acté un passage vers un modèle d'endowment, à la manière des grandes universités américaines, visant à ne dépenser qu'environ 5 % par an d'ici 2030. En parallèle, environ 70 000 ETH de la trésorerie ont été mis en staking, afin de générer des revenus récurrents plutôt que de vendre l'actif.

Il faut mesurer à quel point cette décision est contre-intuitive dans notre industrie. La plupart des organisations crypto grossissent avec leur trésorerie, empilent les initiatives et mesurent leur importance au nombre de leurs employés. La Fondation a fait exactement l'inverse, en plein bear market et sous le feu des critiques. En clair, l'EF a choisi de devenir plus petite pour devenir éternelle.

Un vide de pouvoir parfaitement assumé

Vitalik a explicitement décrit la Fondation comme un "nœud parmi d'autres", et non plus comme le centre de gravité de l’écosystème. David Hoffman a résumé la manœuvre d'une formule qui restera : la Fondation laisse intentionnellement un vide de pouvoir pour que de nouvelles structures se lèvent et prennent en main la direction d'Ethereum.

Et pour ceux qui douteraient encore du caractère volontaire de la démarche, il suffit de regarder le calendrier. Le 22 juin, soit la veille des licenciements, le board member Bastian Aue publiait un framework officiel expliquant noir sur blanc comment les futurs spin-offs de la Fondation devaient être évalués et financés. Autrement dit, l’EF a volontairement organisé son démantèlement.


Le grand “unbundling” de l’Ethereum Foundation

C'est ici que se trouve, selon nous, l'évolution la plus importante de toute cette période. En l'espace de trois semaines seulement, trois organisations indépendantes ont vu le jour, chacune venant récupérer une mission précise que la Fondation abandonnait. Toutes sont portées par d'anciens de l'EF, et toutes partagent exactement les mêmes financeurs : Bitmine et SharpLink, les deux plus grandes trésoreries ETH cotées, ainsi que Joe Lubin, cofondateur d'Ethereum et patron de Consensys.

Pour rappel, Bitmine (présidée par Tom Lee) détient environ 5,77 millions d'ETH, soit près de 5 % de l'offre en circulation, tandis que SharpLink (dirigée par Joseph Chalom, un ancien de BlackRock) en détient environ 886 725. Ce sont, de très loin, les deux plus grosses trésoreries ETH du marché.

unbunding-ethereum.webp

Etherealize, le premier à sauter le pas

Ce schéma d'une entité spécialisée et financée par l'écosystème n'est pas totalement nouveau. Il a été inauguré dès janvier 2025 par Etherealize, lancée par Vivek Raman, un ancien banquier passé par dix ans de Wall Street, accompagné de Danny Ryan, l'une des figures historiques de la Fondation.

La mission d’Etherealize est d’accompagner la migration de la finance traditionnelle vers la blockchain et évidemment, en premier lieu sur Ethereum. Cela passe donc par des discussions, du marketing et de l’éducation auprès des institutionnels afin de leur permettre d’émettre et de gérer des actifs tokénisés sur Ethereum grâce à leur expérience. Un point important est aussi l’aspect “privacy”, que nous retrouverons plus loin, et qui semble être primordial pour ces acteurs.

Le succès a été assez rapide puisque l'entreprise a levé 40 millions de dollars auprès d'Electric Capital et Paradigm en septembre 2025. En juin 2026, Raman constatait d'ailleurs que Wall Street était définitivement passé des proof-of-concept aux déploiements réels, tout en plaidant pour que la Fondation passe la main sur ces sujets. Selon lui, le substrat du système financier ne peut pas être contrôlé par une seule et unique partie. Etherealize a en quelque sorte servi de prototype, et l'année 2026 n'a fait que généraliser sa recette.

“Ethereum is ready. Institutions are ready. Etherealize is delivering the rails to bring them together.” voici la devise d’Etherealize.

EthLabs, pour la recherche appliquée

La première des trois nouvelles entités s'appelle EthLabs, lancée le 22 juin. Il s'agit d'un laboratoire de R&D à but non lucratif, fondé par cinq anciens chercheurs seniors de la Fondation, et pas n'importe lesquels. On y retrouve Ansgar Dietrichs et Barnabé Monnot, deux des cerveaux les plus respectés sur les questions de proposer-builder separation et de mechanism design, accompagnés de Caspar Schwarz-Schilling, Josh Rudolf et Julian Ma. Trois semaines plus tard, un sixième chercheur ex-EF, Francesco D'Amato, rejoignait déjà l'équipe.

La mission d’Ethlabs est certes différente de celle d’Etherealize, mais elle n’en est pas moins alignée dans le fond : aider Ethereum à devenir la couche de base de l’économie mondiale. L’entité s’attaque à des problèmes aussi concrets que le scaling du layer 1, l'interopérabilité ou encore les propriétés monétaires de l'ETH.

Leur point majeure reste toutefois l’enjeu de la finalité, d’après ce qu’on peut lire dans les premières publications. Tant qu’une banque ou institution doit attendre 15 minutes pour considérer une transaction comme définitive, elle ne peut pas pour le moment envisager de gérer des centaines de millions de dollars via Ethereum.

Si le positionnement de l’Ethereum Foundation est de la recherche fondamentale, celui d’EthLabs est de la recherche orientée exécution et adoption réelle.

Ethereum Institutional, la porte d'entrée des institutions

La deuxième entité, lancée le 1er juillet à New York, s'appelle Ethereum Institutional. C'est une organisation indépendante à but non lucratif, directement issue de l'équipe qui gérait déjà l'engagement institutionnel au sein de la Fondation, emmenée par David Walsh, qui a passé cinq ans à construire cette fonction et à engager des centaines d'institutions.

La mission d’Ethereum Institutional est de devenir l’entité qui manquait à Ethereum jusqu’ici, à savoir une porte d'entrée neutre et crédible pour les banques, les asset managers, les custodians et les acteurs institutionnels en général. Un interlocuteur “gratuit” pour tous les acteurs souhaitant évaluer l’infrastructure d’Ethereum sans savoir comment faire.

Comme expliqué dans leur manifesto, l’infrastructure est prête pour accueillir la finance traditionnelle, mais il manque une institution neutre pour organiser les discussions. La neutralité d'Ethereum est à la fois l'une de ses plus grandes forces, mais aussi une faiblesse quand il s’agit des acteurs institutionnels, car ces derniers ont besoin d’un interlocuteur réel en face. Ethereum Institutional créé la demande, EthLabs ensuite fournit la technique.

Les chiffres annoncés au lancement : plus de 500 relations institutionnelles déjà établies, un forum réunissant plus de 150 dirigeants représentant environ 250 000 milliards de dollars d'actifs sous gestion, et une expansion prévue vers Zurich, Francfort, Tokyo et Abu Dhabi.

EthSystems, la privacy pour les banques

La troisième et dernière entité, lancée le 14 juillet, s'appelle EthSystems, et c’est peut-être la plus intéressante des trois de notre point de vue. Elle est issue d’une refonte de l'Institutional Privacy Task Force de la Fondation, fondé par Mo Jalil, Oskar Thorén et Aaryamann Challani, l'équipe qui a passé un an à travailler avec des banques centrales et des régulateurs. À noter que c'est la seule des trois à être une entreprise "for-profit", un choix expliqué par le fait qu’une structure commerciale est simplement mieux adaptée pour vendre des solutions sur mesure à des clients bancaires.

L’idée d’EthSystems est de s’attaquer à un problème apparemment fréquent pour les institutionnels, à savoir la confidentialité. D’après leur manifesto, les banques ont du mal à se déployer sur un réseau où n’importe qui peut accéder à l’historique des transactions, des montants, des contreparties et des stratégies menées en temps réel.

L’entité développe donc des systèmes de "selective disclosure" basés sur les zero-knowledge proofs. Concrètement, le réseau vérifie qu'une transaction est valide (pas de fraude, pas de double dépense), mais les montants, les identités et les contreparties restent chiffrés. Seul le détenteur d'une "viewing key" appropriée, un régulateur par exemple, peut aller consulter l'historique complet. C'est ce que l'on appelle la vérification sans révélation, et c'est une réponse intéressante qui débloquera peut-être l'adoption bancaire à grande échelle.

Vous l'avez sûrement remarqué, le timing n'est pas anodin. EthSystems vient combler très exactement le vide laissé par la fermeture de PSE, trois semaines plus tôt. En l'espace d'un mois, la privacy appliquée d'Ethereum est donc passée d’un groupe de travail subventionné par la Fondation à une entreprise commerciale financée par les grandes trésoreries. Un transfert qui n'est pas neutre, et nous y reviendrons.

Le modèle Linux appliqué à Ethereum

Si on réfléchit quelques instants à ce nouveau modèle d’organisation, on se rend compte qu’il ressemble à quelque chose que le monde de l’open source connaît déjà relativement bien. Un entité centrale dont le mandat est volontairement assez restreint, entouré de plein d’organisations spécialisées et indépendantes. C’est le cas de Linux, Apache ou Rust, et c’est ce qui leur a permis de continuer d’exister aussi longtemps avec une fondation qui ne gère que le coeur du protocole et des entreprises qui construisent des produits par-dessus.

L’unbunding d’Ethereum que nous avons décrit dans cette section y ressemble fortement. Ce n’est pas un signe de déclin, comme beaucoup l’avaient imaginé au départ lorsque la Fondation s’est séparé de certains membres historiques, mais c’est plutôt un signal positif de maturité. Le caractère public d'un réseau n'oblige en rien à ce que toute son adoption repose sur une fondation “non-profit”. Au contraire, d’ailleurs, puisque des entreprises bien incitées seront toujours plus efficaces pour livrer des produits et répondre aux besoins de leurs clients.

Un dernier point intéressant est l’alignement financier entre toutes ces entités. Les financeurs derrières EthSystems, EthLabs ou encore Ethereum Institutional sont pour la plupart les mêmes que ceux qui en bénéficieront économiquement. Le patron de Sharplink, Joseph Chalom, a lui-même reconnu que ces entités finiront par se chevaucher avec la Fondation mais que la densité de talent la plus forte se trouvait désormais de leur côté. Une question reste en suspens, et nous y reviendrons à la fin, une constellation entièrement financée par les plus gros détenteurs d'ETH peut-elle rester réellement neutre ?

S'abonner à Blocknote

Votre condensé crypto hebdomadaire directement dans votre boîte mail.


Une roadmap qui exécute enfin

Un autre élément qui nous semblait important de mentionner dans le renouveau d’Ethereum concerne l’aspect technique. Non pas qu’il s’agissait d’un point noir pour le protocole, au contraire, mais parce qu’il était trop difficile pour le grand public d’appréhender concrètement ce que voulait accomplir Ethereum. Nous avons nous-mêmes tenté de vulgariser la roadmap à plusieurs reprises, mais force est de constater qu’elle est toujours restée trop dense, trop technique et trop illisible pour la majorité des investisseurs. Or, il semblerait que cela est en train de changer, alors reprenons les choses dans l’ordre.

building-ethereum-fr.webp

Fusaka

Commençons par ce qui a déjà été livré. Le 3 décembre dernier, la mise à jour Fusaka a été introduire sur le mainnet d’Ethereum avec comme principale nouveautés l’introduction du PeerDAS. Pour vous donner une idée, l’article que nous avions rédigé à l’époque avait eu relativement peu de succès, montrant qu’une bonne partie des investisseurs avait cessé de croire que la roadmap d’Ethereum était un catalyseur haussier pour ETH.

Pour autant, plusieurs nouveautés majeures étaient inclues dans Fusaka. Le PeerDAS permettait par exemple aux noeuds d’éviter de télécharger l'intégralité des données de blobs (uniquement 12,5 %), permettant d’alléger considérablement leur charge de travail sans impacter les garanties de disponibilité des données du réseau. Insignifiant sur le papier, pour des investisseurs, et pourtant primordial pour n’importe quel opérateur.

Une autre petite révolution restée très discrète était les BPO forks. Cette mise à jour ne touche encore une fois que les blobs, mais cela permettait simplement d’augmenter leur capacité sans attendre un fork et donc un long cycle de développement. La limite de blobs par bloc est donc passée de 6/9 à 10/15, puis 14/21 le 7 janvier dernier. Une capacité qui a plus que doublé en un mois, sans le moindre incident, alors même qu’on critique souvent Ethereum pour sa lenteur de développement.

Glamsterdam

Le prochain grand rendez-vous pour Ethereum est Glamsterdam. Comme d’habitude, le nom est une contraction de deux autres noms : "Gloas" (la mise à jour de la couche consensus) et "Amsterdam" (celle de la couche d’exécution). On en parle régulièrement comme le plus gros changement pour le protocole depuis The Merge. Le devnet-7 a été ouvert le 16 juillet aux développeurs, et le déploiement sur le mainnet est prévu pour le second semestre 2026, avec une fenêtre réaliste entre septembre et décembre.

On trouve deux changements importants avec ce fork. Le premier, l'EIP-7732 (ou ePBS), intègre directement dans le protocole la séparation entre les proposers et les builders, aujourd'hui gérée off-chain via MEV-Boost et des relais tiers auxquels tout le monde doit faire confiance. En d’autres termes, c’est la fin d’une dépendance vis-à-vis d'intermédiaires privés, et donc la disparition de l'un des points de centralisation les plus critiqués du réseau.

Le second, l'EIP-7928 (ou Block-Level Access Lists), ajoute à chaque bloc une carte préalable des états qu'il va modifier. Encore une fois, c’est une nouveauté en apparence anodine pour nous tous, mais qui semble être en réalité la clé vers l'exécution parallèle des transactions. En effet, pour faire simple, si l'on sait à l'avance que deux transactions ne se touchent pas, on peut les traiter en même temps.

Mais surtout, en combinant ces briques avec un repricing du gas, Glamsterdam permet le changement le plus concret de tous : le relèvement de la gas limit vers un plancher de 200 millions, contre environ 60 millions aujourd'hui. On parle donc de plus qu'un triplement de la capacité du layer 1, avec un débit théorique qui se rapproche à terme des 10 000 transactions par seconde, et des réductions de frais massives sur les opérations les plus courantes.

On revient à ce qui était évoqué en introduction lorsqu’on parlait de la vision d’Ethereum. Après des années à miser entièrement sur les layer 2 pour assurer la scalabilité du réseau, Glamsterdam devrait être la première étape d’un grand retour du scaling directement sur le layer 1. Vitalik l'a d'ailleurs reconnu explicitement en assumant que l’idée de tout miser sur les rollups, qu’il avait lui-même défendu dès le départ, devait évoluer.

À noter que cela peut être une réponse intéressante au problème de capture de valeur qu’on évoquait plus haut. Si l'activité revient sur un layer 1 avec plus de capacité, alors les frais, le burn et la thèse économique de l'ETH en profitent immédiatement.

Hegotá

Le fork suivant, prévu après Glamsterdam, s'appelle Hegotá. Il applique directement le Mandate en se concentrant sur la résistance à la censure et la privacy. Les chercheurs en ont détaillé le contenu d’abord en décembre 2025 puis plus récemment à la mi-juillet, avec notamment FOCIL, un mécanisme garantissant qu'une transaction valide ne peut pas être censurée par les builders, ainsi qu'un ensemble d'EIPs permettant enfin des transactions privées directement dans le mempool public, sans dépendre d'une infrastructure externe.

En parallèle, la Fondation a publié fin mai le SDK Kohaku, qui vient intégrer les protocoles de privacy existants comme Railgun ou Privacy Pools directement au niveau du wallet, avec par défaut une adresse différente pour chaque application afin de limiter le traçage. Vitalik a d'ailleurs soutenu publiquement l'initiative, en demandant à l'écosystème d’arrêter les grands discours pour enfin livrer des intégrations concrètes.

En résumé, ce que Vitalik veut dire et qu’il était grand temps que l’écosystème Ethereum entende, la privacy (comme beaucoup d’autres aspects importants du protocole) ne doit plus être un sujet évoqué lors des conférences, mais une propriété pour les développeurs.

Lean Ethereum

Le 4 juillet 2026, Vitalik a publié le texte qui donne une direction à l'ensemble de ce qu’on a évoqué plus haut. Rédigé après une réunion des chercheurs à Berlin fin juin, ce post présente "Lean Ethereum" comme la troisième grande itération du protocole, après le lancement originel et The Merge de 2022. Le programme est immense : sur trois à quatre ans, la quasi-totalité des composants majeurs du protocole seront remplacés, et ce sans jamais forcer les applications existantes à migrer.

→ Pour aller plus loin, retrouvez notre analyse complète et détaillée de Lean Ethereum :

Loading post...

Dans le détail, la vérification par ré-exécution de chaque transaction par chaque nœud laisserait place à la vérification de preuves cryptographiques compactes, via des recursive STARKs intégrés au protocole. On passe donc du modèle "tout le monde recalcule tout" au modèle "tout le monde vérifie une preuve", ce qui change radicalement le charge de travail et donc ce qui limitait fortement la scalabilité du réseau.

Le consensus serait simplifié pour atteindre une finalité en un ou deux rounds, toute la partie cryptographique du code étant actuellement vulnérable au quantique serait progressivement remplacée, et le moteur d'exécution évoluerait à terme vers une architecture de type RISC-V. Vitalik réserve d'ailleurs le qualificatif de "partie la plus disruptive du plan" à la refonte du modèle de stockage, qui permettrait de diviser par plus de dix les frais pour les transactions de tokens ERC-20.

Ce plan s'inscrit dans la continuité de la "strawmap" publiée par Justin Drake en février 2026, qui projette environ sept hard forks jusqu'en 2029 autour de cinq grands objectifs : un layer 1 rapide (finalité ramenée de 16 minutes à quelques secondes), un layer 1 à 10 000 transactions par seconde via les zkEVM, des layers 2 à 10 millions de transactions par seconde, un layer 1 résistant au quantique et un layer 1 doté d'une privacy native.

Vitalik a conclu son annonce par une formule qui referme parfaitement la boucle avec le Mandate de la Fondation : "Ethereum is CROPS". Le marché, lui, a répondu à sa manière, avec un ETH en hausse de plus de 12 % dans les sept jours qui ont suivi la publication. On notera tout de même que tout le monde n'a pas applaudi le calendrier, à l'image du chercheur Dankrad Feist, qui juge la fenêtre de trois à quatre ans bien trop lente à l'ère du développement assisté par IA. C'est probablement la première fois que l'on reproche à la roadmap d'Ethereum d'être trop prudente plutôt que trop floue, ce qui, en soi, est déjà un signal positif.


Les institutions arrivent en force

Le troisième pilier de ce renouveau est de loin le plus concret, car il ne repose ni sur une promesse ni sur une roadmap. Au cours des derniers mois, les institutions financières sont passées à la vitesse supérieure pour commencer à mettre de vrais produits en production. Et ce basculement ne doit rien au hasard car il découle de deux cadres réglementaires qui se sont alignés à quelques mois d'intervalle.

Le contexte réglementaire fait enfin un cadeau à Ethereum

Aux États-Unis, le GENIUS Act, signé en juillet 2025, a posé un cadre réglementaire sur les stablecoins à l’échelle fédérale. Il contient une disposition dont les conséquences sont déjà visibles, à savoir l'interdiction pour les émetteurs de stablecoins de reverser des intérêts à leurs détenteurs. Cela a créé une demande colossale pour des instruments de réserve régulés qui, eux, peuvent générer du rendement, c'est-à-dire les fonds monétaires tokenisés

En Europe, les volets stablecoins de MiCA sont entrés en pleine application le 1er juillet 2026, offrant enfin aux banques un cadre clair pour émettre leurs propres tokens ou stablecoins. Quant au Japon, il poursuit son ouverture avec le premier stablecoin yen régulé, déjà opérationnel sur Ethereum.

Le symbole le plus frappant de ce basculement se trouve peut-être dans la lettre annuelle d'avril 2026 de Jamie Dimon. Le patron de JPMorgan, qui traitait autrefois le Bitcoin de fraude, y écrit désormais que sa banque doit déployer sa propre technologie blockchain pour faire face à une nouvelle génération de concurrents. Quand le dirigeant de la première banque américaine décrit votre technologie comme une menace stratégique, le débat sur sa pertinence est définitivement clos.

Le 1er juillet, une date clé

Comme un symbole, une date a réuni trois évènements majeurs le même jour : MiCA est entré en pleine application, Ethereum Institutional a ouvert ses portes à New York, et surtout, le Crédit Agricole, deuxième banque française avec plus de 2 000 milliards d'euros d'actifs, a lancé via sa filiale CACEIS son stablecoin euro EURXT sur Ethereum.

Au-delà même de ce lancement, le plus marquant est qu’ils ont réalisé leur toute première transaction. Il s’agissait d’une souscription à un fonds monétaire tokenisé d'Amundi, le premier gestionnaire d'actifs européen avec 2 400 milliards d'euros sous gestion, réglée de manière atomique sur Ethereum.

Concrètement, cela permettait de vérifier la faisabilité d’une opération : un investisseur envoie ses EURXT au smart contract du fonds et reçoit ses parts dans la même et unique transaction. Autrement dit, soit les deux jambes du règlement s'exécutent ensemble, soit aucune ne s'exécute. Fini le risque de contrepartie, fini les délais de settlement, fini les fenêtres d'exposition qui caractérisent la finance traditionnelle.

À notre connaissance, il s'agit du premier règlement européen de ce type entre un stablecoin bancaire régulé et un fonds tokenisé, et il n'est pas isolé. La Société Générale fait déjà circuler ses propres stablecoins euro et dollar via SG-Forge, allant même jusqu'à les déployer sur Uniswap et Morpho.

Quand les banques universelles françaises deviennent les pionnières mondiales du stablecoin bancaire sur Ethereum public, on peut difficilement parler de coïncidence. Cela est d’autant plus fort que, quelques années en arrière, les banques misaient plutôt sur le financement de blockchains privées pour assurer ce genre d’opérations, alors qu’aujourd’hui, elles utilisent ouvertement l’infrastructure publique la plus avancée du monde.

La course aux réserves de stablecoins

Le mouvement dépasse évidement l’Europe, et s’est même transformé en une véritable course des grands acteurs de la finance pour devenir la réserve de rendement des stablecoins de l'ère GENIUS Act. JPMorgan opère désormais deux fonds monétaires tokenisés sur Ethereum public, dont le dernier, lancé en mai 2026, est explicitement conçu pour servir d'actif de réserve aux émetteurs de stablecoins. BlackRock a suivi la même logique en déposant deux fonds du même type, pendant que son fonds BUIDL dépasse déjà les 2,5 milliards de dollars d'encours, rejoint par Fidelity et Invesco.

En clair, les plus grands gestionnaires d'actifs de la planète se livrent désormais une bataille pour capter le collatéral d'un marché des stablecoins qui pèse plus de 300 milliards de dollars, et cette bataille se joue sur Ethereum. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'outlook 2026 de BlackRock crédite le réseau de plus de 65 % des actifs tokenisés toutes blockchains confondues. C'est tout simplement là que vit l'infrastructure régulée.

L'Asie n'est pas en reste

Le phénomène est mondial, et l'Asie l'illustre parfaitement. À la mi-juillet, SBI, DigiFT et Startale ont démontré comment un stablecoin yen régulé pouvait gérer l'intégralité du cycle de vie d'un titre tokenisé sur Ethereum : le règlement instantané des souscriptions, mais aussi la distribution automatisée des dividendes on-chain. La prochaine étape annoncée n'est autre que la tokenisation d'un fonds actions d'environ 1,3 milliard de dollars.

Et ce point est plus important qu'il n'y paraît. Le vrai défi de la tokenisation n'a jamais été de représenter un actif on-chain, mais de gérer tout ce qu'il y a autour : le règlement en cash et la distribution des revenus, qui continuaient de dépendre des rails bancaires traditionnels. La démonstration de SBI vient précisément fermer cette boucle. Et quand on sait que SBI génère 1 900 milliards de yens de chiffre d'affaires annuel, on comprend qu'il ne s'agit plus d'une startup qui bricole, mais bien de la construction méthodique de l'infrastructure des marchés de capitaux japonais.

Les ETF et les treasuries changent de nature

Enfin, deux évolutions de marché méritent d'être soulignées, car elles transforment la nature même de la demande pour l'ETH. La première, c'est l'arrivée du yield dans les ETF. En mars 2026, BlackRock a lancé ETHB, son premier ETF Ethereum incluant le staking, qui reverse chaque mois 82 % des récompenses générées à ses porteurs. C'est un argument qu'un ETF Bitcoin ne pourra jamais offrir, et c’est un argument qui change forcément la conversation avec les fonds de pension et les gestionnaires de patrimoine.

La seconde, c'est le retournement des flux. Après huit longues semaines de sorties, les ETF Ethereum ont renoué avec les entrées nettes début juillet, avec plus de 84 millions de dollars sur la seule semaine du 13 juillet. Dans le même temps, Bitmine poursuivait son accumulation vers son objectif de 6 millions d'ETH, tandis que SharpLink générait plus de 12 millions de dollars de revenus trimestriels quasi exclusivement issus du staking, contre moins d'un million un an plus tôt. Résultat, l'ETH, parti de 1 610 dollars début juillet, s'échangeait autour de 1 920 dollars à la mi-juillet.

Attention toutefois à ne pas s'emballer. Un rebond de 15 % depuis un plus bas ne constitue pas un renversement de tendance, et dix jours de flux positifs ne font pas une thèse. Ce que ces chiffres montrent, en revanche, c'est que le sentiment a cessé de se dégrader au moment précis où les fondamentaux, eux, s'amélioraient. Et historiquement, c'est très exactement comme ça que débutent les retournements.


Conclusion

Ethereum vient très probablement de traverser la période la plus inconfortable de son histoire récente. Le réseau battait des records d'utilisation pendant que son actif s'effondrait. Ses layers 2 remplissaient parfaitement leur mission de scalabilité tout en asséchant les revenus du layer 1. La Fondation était clouée au pilori pour sa lenteur au moment précis où de nouvelles blockchains spécialisées commençaient à attaquer son marché.

Au terme de cet état des lieux, notre conviction est que le renouveau d'Ethereum est bien réel, mais qu'il ne se trouve pas là où le marché a l'habitude de le chercher. On n’est pas sur une narrative en tendance après laquelle courir, mais bien sur quelque chose de concret et qui semble plus durable. Ce qui s'est réellement produit entre avril et juillet 2026, c'est la synchronisation, pour la toute première fois, de trois horloges qui tournaient jusqu'ici chacune à leur propre rythme.

La première est l'horloge réglementaire. Avec le GENIUS Act et MiCA, les stablecoins et la tokenisation sont passés de zones grises à des marchés parfaitement encadrés. Et chaque nouveau cadre crée mécaniquement de la demande pour l'infrastructure sur laquelle ces actifs vivent majoritairement. Il semble que pour une fois, ce n’est pas un produit crypto qui court après les institutions mais bien l’inverse, voire même pire, ce sont les régulateurs qui poussent les institutions vers l'infrastructure dominante.

La deuxième est l'horloge organisationnelle. L'unbundling de la Fondation, que beaucoup ont lu comme un aveu de faiblesse, est complètement l’inverse. Une infrastructure publique qui compte durer des décennies est obligé de s’organiser autour d'entreprises spécialisées et incitées financièrement à avancer. La Fondation, aussi positif soit son travail sur les dernières années, n’a jamais eu réellement vocation à vendre aux institutionnels les fonctionnalités dont ils ont besoin. La granularité des entités est un avantage considérable.

La troisième est l'horloge technique. Entre Fusaka livré sans accroc, Glamsterdam en phase finale, Hegotá déjà dessiné et Lean Ethereum qui fixe un cap jusqu'en 2029, Ethereum dispose pour la première fois depuis The Merge d'une roadmap lisible, avec des dates que le marché peut juger. Et le contenu de cette roadmap répond très précisément aux deux grands reproches historiques : le retour du scaling sur le layer 1 s'attaque au problème de capture de valeur, tandis que la privacy native lève le dernier obstacle à l'adoption institutionnelle.

Cette lecture optimiste doit néanmoins être confrontée honnêtement à ce qui reste encore à prouver, car cette nouvelle organisation n'a que quelques semaines d'existence.

  • La concentration des financeurs est le premier test. Bitmine, SharpLink et Joe Lubin financent à eux seuls les trois nouvelles entités. Cet alignement est aujourd'hui une force, car il apporte un financement pérenne et un vrai “skin in the game” que les subventions de la Fondation n'offraient pas. Mais cette dépendance pourrait aussi orienter la recherche et la représentation de l'écosystème vers les seuls usages qui profitent aux plus gros détenteurs d'ETH. Si dans un an la liste des financeurs de ces entités est toujours identique, le reproche de captation deviendra difficile à balayer.
  • Le paradoxe de la privacy est le deuxième. La Fondation a fermé PSE la semaine même où son Mandate érigeait la privacy en priorité absolue. Le relais est de facto passé à une entreprise commerciale et à quelques EIPs. Nous comprenons la logique de spécialisation, mais un bien public aussi critique que la privacy du layer 1 ne peut pas reposer uniquement sur les épaules d'un acteur "for-profit". EthSystems devra prouver qu'il existe une vraie demande commerciale, et l'écosystème devra veiller à ce que la privacy de base ne devienne pas un produit payant réservé aux banques.
  • L'exécution reste le juge de paix. Glamsterdam a déjà glissé de juin au troisième trimestre. Lean Ethereum s'étale sur trois à quatre ans, un horizon que certains chercheurs jugent eux-mêmes trop long. Et pendant ce temps, Tempo et Arc continueront d'avancer. Ethereum ne peut plus se contenter de sa liquidité historique, il doit désormais démontrer qu'un réseau décentralisé peut évoluer assez vite pour rester compétitif face à des infrastructures centralisées bien plus simples à coordonner.
  • Un facteur exogène avec les stablechains. Ces blockchains attaquent frontalement le cœur de la thèse institutionnelle d'Ethereum, à savoir les stablecoins, dont il héberge tout de même environ 60 %. Tempo, incubée par Stripe et Paradigm, est en mainnet depuis mars 2026 avec Visa, Mastercard et UBS autour de la table. Arc, le layer 1 de Circle avec l'USDC en gas natif, vise un lancement pour cet été. Sans oublier Plasma, orientée USDT, déjà en production.

Peut-être qu’il est exagéré de dire que le vent tourne enfin pour Ethereum, mais il serait malhonnête de ne pas reconnaître que tous ces évènements pointent dans la même direction : un layer 1 capable de scaler directement, d'offrir de la confidentialité, de régler des transactions en quelques secondes et d'être adopté par les institutions sans dépendre d'une seule et unique fondation. La transformation est documentée, datée et déjà bien engagée. La seule vraie question qui reste, désormais, est de savoir combien de temps le marché mettra à s'en apercevoir, et si l'ETH parviendra enfin à capturer sa juste part de cette réussite.

Devenir Premium

Débloquez l'ensemble de nos analyses et obtenez l'info utile, au bon moment.

Articles connexes

  • Market Briefing 2 : Bitcoin (BTC) rejeté sous les 66 000 $, l'Ether (ETH) résiste avant la Fed

    29 juillet 2026
    BitcoinBTEthereumETHyperliquidHY
  • Market Briefing 1 : Ether (ETH) en grande forme face à Bitcoin (BTC)

    23 juillet 2026
    BitcoinBTEthereumET
  • Lean Ethereum : la plus grande refonte d'Ethereum depuis The Merge

    22 juillet 2026
    EthereumET
  • Alpha Récap #33 : L’offre OAK Premium s’étoffe, le token de Lighter surperforme et Aave dévoile ses “Stable Vaults”

    10 juillet 2026
    AaveAALighterLI
Lilian AliagaLALilian Aliaga
Lean Ethereum : la plus grande refonte d'Ethereum depuis The Merge
Lean Ethereum : la plus grande refonte d'Ethereum depuis The Merge

Depuis plusieurs années, Ethereum accumule les mises à jour sans jamais remettre en cause les fondations de son architecture. Avec Lean Ethereum, la logique change complètement. L'ambition n'est plus d'améliorer le protocole à la marge, mais de reconstruire progressivement ses briques essentielles autour d'un socle cryptographique plus simple, plus performant et résistant aux ordinateurs quantiques. Derrière ce changement de cap étalé sur plusieurs années se cache l'une des transformations les plus profondes jamais envisagées pour Ethereum, et c'est précisément ce que nous allons étudier dans cet article.