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  4. 8 Opinions Experts Avenir Cryptos 2026

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Table des matières

  • Les institutionnels et la tokénisation dans la finance on-chain
  • Contexte
  • Carlos Domingo (CEO @Securitize)
  • L’importance du crédit on-chain pour rivaliser avec la TradFi
  • Contexte
  • Martin de Rijke (Head of Growth @maplefinance)
  • Laurence Day (Fondateur @WildcatFi)
  • Les neobanques cryptos comme porte d’entrée du retail
  • Contexte
  • Mike Silagadze (CEO et co-fondateur @ether_fi)
  • Les ETF et l’avenir des Digital Asset Treasury (DATs)
  • Contexte
  • Eric Balchunas (Senior ETF Specialist @Bloomberg)
  • Les stablecoins et le chemin vers le trillion de dollars de capitalisation
  • Contexte
  • Guy Young (Fondateur et CEO @ethena_labs)
  • Christopher Cameron (Governance and Stablecoins @GFXlabs)
  • Ethereum et la nouvelle stratégie de la Fondation
  • **Contexte**
  • Paul-Dylan Ennis (Auteur de “Absolute Essentials of Ethereum”)

8 opinions d'experts sur l'avenir des cryptos en 2026

Publié le20 janvier 2026Mis à jour le21 janvier 2026

8 opinions d'experts sur l'avenir des cryptos en 2026
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Qu’est-ce qui définira réellement la crypto en 2026 ? 8 experts majeurs de l’industrie partagent leur lecture des tendances clés qui façonneront l’année à venir, de l’adoption institutionnelle à la tokenisation, en passant par les stablecoins, le crédit on-chain et l’évolution stratégique d’Ethereum. Une analyse nécessaire pour comprendre où se crée la valeur et quels sont les véritables moteurs des prochains mois.


Cet article est issu des interviews que nous avons menées à l’occasion de notre rapport de l’année 2025, réalisé en collaboration avec Castle Labs et Hazeflow. Plus de 180 pages, 12 analystes et 20 intervenants, il propose une analyse avancée des principaux évènements de 2025 ainsi qu’une projection sur l’année 2026 à venir. Le rapport est disponible gratuitement sur OAK Research et peut également être acheté au format physique.

Nous souhaitons également remercier Kraken pour leur soutien dans l’élaboration de ce rapport, nous vous invitons à les rejoindre pour nous soutenir. Bonne lecture.


Les institutionnels et la tokénisation dans la finance on-chain

Contexte

La tokenisation des actifs du monde réel (Real-World Assets, RWAs) est passée en 2025 de simples projets expérimentaux à un marché onchain de grande envergure. La valeur totale des RWA on-chain a grimpé de 3 milliards de dollars en 2022 à près de 36 milliards de dollars en novembre 2025.

La tokénisation est un enjeu central car elle permet de connecter la finance traditionnelle à la finance on-chain à travers des actifs régulés, peu volatils et générateurs de rendement. Elle marque une évolution importante pour la DeFi, qui ne repose plus uniquement sur des usages spéculatifs, mais commence à s’ancrer dans des cas d’utilisation concrets, directement liés aux marchés financiers mondiaux.

Les RWAs tokenisés apportent une base économique réelle aux protocoles onchain. Contrairement aux actifs purement crypto, ils sont adossés à des flux de trésorerie identifiables, comme les intérêts des bons du Trésor américain ou les revenus générés par des portefeuilles de crédit privé. Cela permet de renforcer la stabilité de l’écosystème et d’introduire des sources de rendement plus prévisibles.

  • Pour les institutions, la tokenisation représente une nouvelle manière plus efficace de gérer des actifs. Elle simplifie l’émission, la distribution et la gestion des produits financiers en s’appuyant sur une infrastructure partagée, accessible en continu. Les processus sont plus rapides, plus transparents et moins coûteux, tout en conservant les cadres réglementaires existants.
  • Du côté des investisseurs et des protocoles, la tokenisation permet une meilleure interaction entre produits financiers. Les actifs du monde réel peuvent être utilisés au sein de smart contracts, de protocoles de lending ou de stratégies automatisées, sans perdre leur nature réglementée. Des actifs historiquement statiques deviennent ainsi des briques financières utilisables dans plusieurs contextes.

L’utilisation des blockchains pour l’échange d’actifs du monde réel permet de réduire énormément les frictions opérationnelles. Un registre de propriété unique remplace des systèmes multiples nécessitant des rapprochements constants. Le règlement peut se faire en une seule opération, avec livraison de l’actif et paiement simultanés. Cette meilleure interconnexion des systèmes implique aussi de nouveaux enjeux : lorsque tout est plus connecté, les risques peuvent se propager plus rapidement, ce qui renforce les exigences en matière de gestion du risque et de contrôle opérationnel.

Carlos Domingo (CEO @Securitize)

Nous avons échangé avec Carlos sur la seconde phase de l’utilité on-chain institutionnelle, les défis clés de 2026, et le passage d’une exposition synthétique aux prix vers une tokenisation native et portée par les émetteurs des actions cotées.

La tokenisation rime avec institutions. Dans quelle mesure voyez-vous l’adoption institutionnelle se déplacer on-chain, et que recherchent-elles en priorité ?

"Les institutions sont aujourd’hui extrêmement focalisées sur la tokenisation. Ce qui est intéressant, c’est que celles qui s’y sont engagées tôt entrent déjà dans une seconde phase d’utilité on-chain, comme VanEck avec VBILL désormais accepté en collatéral sur Aave Horizon, ou BlackRock avec BUIDL utilisé comme collatéral sur Binance, Crypto.com et Deribit. Parallèlement, un ensemble plus large d’institutions se lance dans la tokenisation avec une nouvelle compréhension de ce qui est possible. Elles recherchent une infrastructure régulée et de nouveaux cas d’usage auparavant inaccessibles en TradFi. Certaines des plus grandes institutions mondiales ont adopté la tokenisation car elles en perçoivent pleinement le potentiel."

La tokenisation a été l’un des grands thèmes de 2025. Les enjeux de 2026 concernent désormais l’utilité réelle de ces actifs.

"Le premier défi est de débloquer de nouveaux cas d’usage DeFi à grande échelle. Les classes d’actifs comme les treasuries tokenisés, les fonds et le crédit privé ont désormais atteint une taille significative et une adoption institutionnelle réelle. La tokenisation révèle sa vraie valeur lorsque les actifs ne se contentent pas d’exister on-chain, mais améliorent activement l’efficacité du capital et l’infrastructure de marché. Le second défi est la clarté de la propriété, en particulier pour les actions tokenisées. De nombreux premiers produits de “tokenized stocks” offraient une exposition au prix plutôt qu’une véritable propriété, reposant sur des dérivés, des SPV ou des structures offshore qui introduisent fragmentation et risques. Aujourd’hui, plusieurs versions d’actions “tokenisées” coexistent sans être de véritables actions ni être fongibles entre elles. La voie à suivre est celle de la tokenisation native, pilotée par les émetteurs, où de vraies actions sont émises on-chain, inscrites directement au registre de l’émetteur et assorties de l’ensemble des droits actionnariaux."

Comment anticipez-vous l’évolution de la demande pour la tokenisation en 2026, et quels secteurs seront les plus recherchés ?

"En 2026, la demande pour la tokenisation ne fera que croître. Le secteur le plus recherché sera celui des actions cotées. À mesure que les investisseurs se familiarisent avec la détention d’actifs financiers réels on-chain, la demande se déplace des produits synthétiques de “tokenized stocks” vers une tokenisation native, portée par les émetteurs, offrant une véritable propriété. Cela signifie de vraies actions émises on-chain, inscrites directement au capital de l’émetteur, assorties de droits actionnariaux complets et négociées dans un cadre régulé. Nous pensons que 2026 sera l’année où ce modèle commencera à se déployer à grande échelle, à mesure que les émetteurs reconnaîtront les bénéfices de la propriété programmable et que les investisseurs exigeront de nouveaux avantages des marchés actions on-chain."

L’importance du crédit on-chain pour rivaliser avec la TradFi

Contexte

Le crédit privé est l’un des segments au potentiel le plus élevé pour la tokenisation, notamment en raison de son manque historique de liquidité et de ses barrières d’entrée élevées. La tokenisation permet de transformer de grands instruments de dette non cotés (prêts à des PME, financements commerciaux, factures) en parts plus petites et échangeables onchain.

Cette approche améliore la liquidité pour les prêteurs et ouvre de nouvelles sources de financement pour les emprunteurs, tout en s’appuyant sur la blockchain pour assurer un suivi transparent et en temps réel des collatéraux, des échéanciers de remboursement et des flux de trésorerie.

Maple en est un exemple parlant. Avec des pools institutionnels permissionnés adossés à du lending en BTC, ainsi que des pools permissionless autour de syrupUSD (syrupUSDC, syrupUSDT), le protocole sert à la fois des clients institutionnels soumis au KYC et des utilisateurs crypto-natifs.

En 2025, le protocole a connu une croissance exceptionnelle, portée à la fois par l’intérêt des institutionnels pour la finance on-chain et la demande des investisseurs particuliers pour des produits de rendements stables, transparents et sécurisés. Le principal produit de Maple est le syrupUSDC, dont le rendement est assuré par des crédits institutionnels.

Les métriques en témoignent : l’AUM a dépassé 4,5 milliards de dollars (+800 %), les emprunts totaux des institutionnels atteignent 1,7 milliard de dollars, tandis que les revenus avoisinent 11,7 millions de dollars (+370%).

Martin de Rijke (Head of Growth @maplefinance)

Nous avons échangé avec Martin sur les avantages structurels du crédit on-chain, l’équilibre entre confidentialité institutionnelle et transparence, ainsi que la roadmap de Maple pour faire croître ses AUM et ses revenus en 2026.

Le crédit on-chain a progressé, mais reste une fraction des marchés de crédit traditionnels. Quels sont les éléments à prendre en compte pour que ce segment continue de croître ?

"D’un point de vue fondamental, le crédit on-chain est supérieur : il est disponible 24/7, global, instantané et plus efficient grâce aux smart contracts. Il va continuer de croître et d’être adopté. L’adoption mondiale ne se fera pas du jour au lendemain. Il existe encore des barrières réglementaires et technologiques à lever, mais elles sont en train d’être adressées et résolues."

Lors des cycles précédents, plusieurs échecs du crédit DeFi provenaient de risques corrélés et d’un underwriting opaque. Quel niveau de transparence les acteurs de ce secteur devraient-ils viser, et comment concilier cela avec la réticence des institutions à partager leurs données ?

"C’est précisément pour cela que Maple existe : les institutions TradFi ne sont pas toujours disposées, ni même en mesure, de tout rendre public. Maple agit comme un underwriter de confiance, en rendant disponibles autant d’informations que possible. La sur-collatéralisation est clé pour la sécurité, et la transparence en temps réel constitue une couche supplémentaire qui renforce la confiance."

Quels sont aujourd’hui les principaux désalignements entre les pratiques de crédit institutionnelles et les primitives de crédit on-chain ?

"La voie à suivre consiste à prendre les pratiques de crédit de la finance traditionnelle et à les combiner avec la puissance du crédit on-chain. On ne peut pas se concentrer uniquement sur le on-chain ; il faut intégrer les enseignements de 100 ans de TradFi. La capacité à tirer parti des deux est la force de Maple."

Revenus vs croissance : quelle a été l’approche de Maple sur ces deux dimensions clés du secteur ?

"2025 a été consacré à la croissance des AUM. À mesure que l’activité continuera de se développer en 2026, nous mettrons davantage l’accent sur les revenus."

Laurence Day (Fondateur @WildcatFi)

Nous avons échangé avec Laurence sur la nécessité du crédit privé on-chain pour rivaliser avec la TradFi, la réalité des défauts, et les raisons pour lesquelles le cadre juridique reste l’obstacle le plus complexe à la construction de marchés de lending décentralisés.

Le lending sous-collatéralisé (ou crédit on-chain) reste encore peu exploré, mais beaucoup s’accordent à dire qu’il est indispensable pour que les marchés de lending puissent réellement rivaliser avec la finance traditionnelle. Partagez-vous toujours ce constat ?

"Naturellement, oui. Si l’on dépasse les cas d’usage actuels, principalement centrés sur le lending à des market makers ou des fonds on-chain comme c’est aujourd’hui le cas sur Wildcat, le crédit privé est la seule source viable pour bâtir l’infrastructure de long terme dont le monde a besoin. Si les marchés on-chain veulent réellement rivaliser avec la TradFi, ils doivent commencer à le faciliter de manière non marginale."

Vous avez connu votre premier défaut cette année sur Wildcat. Pensez-vous que les risques du crédit on-chain sont correctement analysés ? Que devraient examiner les prêteurs avant de prêter leurs stablecoins à une entité ?

"Étant donné qu’aucun emprunteur sur Wildcat ne fournit de dashboards publics ou d’informations détaillées sur sa santé financière, il est difficile pour Wildcat lui-même de savoir comment les utilisateurs prennent leurs décisions : font-ils une due diligence privée ou déploient-ils simplement du capital en fonction du rendement ou de la notoriété ? Ce n’est pas le rôle de Wildcat d’imposer des pratiques, mais nous aimerions voir émerger des acteurs tiers d’analyse crédit capables de travailler avec les emprunteurs afin de mieux évaluer les risques. Sans surprise, les sources d’origination issues de la TradFi qui approchent Wildcat sont déjà pleinement conscientes de la nécessité de fournir un prospectus ou un mémo de crédit, ce qui est encourageant à mesure que Wildcat mûrit."

L’an dernier, vous expliquiez que la partie la plus difficile dans la construction de Wildcat était le juridique : KYC, accès à la plateforme, etc. Est-ce toujours le cas ?

"C’est toujours le cas. Pas grand-chose à ajouter : la partie la plus complexe reste le cadre juridique des obligations contractées entre les différentes parties."

Les neobanques cryptos comme porte d’entrée du retail

Contexte

La finance on-chain a énormément évolué ces dernières années : les rails sont désormais en place, les stablecoins ont prouvé leur intérêt et les principaux protocoles atteignent un niveau de maturité important. D’après nous, l’avenir de l’écosystème devrait s’organiser autour de deux piliers interconnectés : les stablecoins et le rendement on-chain.

Les taux des bons du Trésor américain sont en train de diminuer, tandis que la demande pour du rendement adossé au dollar ou à des actifs de haute qualité continue d’augmenter. En ce sens, nous pensons que la prochaine étape pour la finance on-chain est la suivante : transformer ce rendement en un produit simple, orienté pour un consommateur lambda et plus proche d’un compte d’épargne que d’un protocole de finance complexe.

C’est pour cette raison que nous soutenons la thèse des néobanques on-chain. Au même titre que les néobanques ont bouleversé le monde des banques traditionnelles, nous sommes convaincus que les protocoles de finance on-chain ont la capacité de proposer des super-app qui bouleverseront les néobanques actuelles.

À moins que celles-ci n’aient déjà senti le vent tourner et soient en train de préparer leur propre migration. Si cela semble encore peu palpable, nous observons tout de même des exchanges centralisés et des institutions reconnues (Robinhood, Revolut, etc.) s’orienter vers l’intégration de produits de finance on-chain dans leurs applications.

L’idée finale est de proposer un compte bancaire classique, des services de on/off ramps pour convertir ces actifs sur la blockchain, et des comptes d’épargne adossés à des produits de finance on-chain de haute qualité (comme l’USDC sur Aave, par exemple).

Mike Silagadze (CEO et co-fondateur @ether_fi)

Nous avons discuté avec Mike de l’essor de la banque crypto-native, des stratégies techniques pour unifier des liquidités fragmentées d’ici 2026, et des modèles de revenus durables des néobanques on-chain modernes.

La banque crypto a été l’un des narratifs dominants de 2025. Quels sont les avantages des produits crypto-natifs comme EtherFi par rapport aux géants de la FinTech ?

"Les produits crypto-natifs sont construits on-chain dès le premier jour : rendement, conservation, paiements et incitations sont nativement composables, plutôt que greffés sur des rails bancaires hérités. Les FinTech peuvent offrir un accès à la crypto, mais elles ne peuvent pas offrir une économie crypto-native : des éléments comme le rendement protocolaire, la self-custody et une création de valeur qui revient aux utilisateurs plutôt qu’aux intermédiaires."

En 2026, comment comptez-vous donner une impression de liquidité unifiée sans recréer un exchange centralisé ?

"L’objectif n’est pas de centraliser la liquidité, mais d’abstraire la fragmentation du point de vue de l’utilisateur grâce à du smart routing, de la liquidité détenue par le protocole et un règlement inter-chaînes. EtherFi doit agir comme une couche de liquidité grand public et trésorerie, où les actifs circulent de manière fluide entre chaînes et cas d’usage, tout en restant non custodial et entièrement on-chain."

Quels sont les composants essentiels d’une néobanque, et d’où proviennent les revenus ?

"Une véritable néobanque doit proposer des on-/off-ramps, des moyens de paiement (cartes), de l’épargne et du rendement, des paiements et des outils de trésorerie, le tout intégré dans une UX simple qui masque la complexité. Les revenus proviennent principalement de l’interchange, de la captation de rendement sur les dépôts, des frais de protocole et du déploiement de trésorerie, et non de frais cachés ou de spreads punitifs."

Les ETF et l’avenir des Digital Asset Treasury (DATs)

Contexte

L’année 2025 a confirmé le changement de statut de Bitcoin. Il ne répond plus à ses anciennes logiques de marché, mais aux mêmes forces que les autres actifs financiers. Il est devenu un actif macro à part entière.

La principale raison de cette évolution est la transformation de sa base d’investisseurs. Depuis le lancement des ETF Bitcoin spot en 2024, les acteurs dominants ne sont plus les particuliers, mais les gestionnaires d’actifs, les sociétés cotées et les investisseurs professionnels. Ces acteurs traitent Bitcoin comme un actif financier parmi d’autres, et non plus selon les logiques propres aux cryptomonnaies. Le marché s’est institutionnalisé, et avec lui, les règles du jeu ont changé.

Les produits régulés sur Bitcoin ont été les premiers moteurs de son adoption en 2025. Après une première année de lancement record en 2024, ils ont continué d’attirer les flux institutionnels et d’alimenter chaque phase de hausse. L’AUM total est passé de 109 milliards à 125 milliards de dollars en décembre (soit un flux total entrant de 19 milliards de dollars), avec un pic à 165 milliards en octobre au plus haut du marché.

À côté des ETF, un autre phénomène a pris de l’ampleur : les Bitcoin Treasury Companies. Inspirées par la stratégie de Michael Saylor, elles se sont multipliées en 2025 pour atteindre 357 entités, dont 126 basées aux États-Unis, détenant ensemble plus de 4 millions de BTC.

Eric Balchunas (Senior ETF Specialist @Bloomberg)

Nous avons interrogé Eric sur la comparaison entre les ETF Bitcoin et les véhicules de type “digital asset treasury” (DAT) d’entreprises comme MicroStrategy ou MetaPlanet.

"Les ETF sont plus simples et plus lisibles pour la majorité des investisseurs. Ils suivent précisément le prix de l’actif, ce que recherche l’immense majorité des participants. Des entreprises comme MicroStrategy introduisent des dynamiques supplémentaires liées à la structure corporate et à l’effet de levier, ce qui peut séduire certains traders, mais pas les allocateurs de long terme qui recherchent avant tout une exposition à l’actif.

Cela dit, les DAT remplissent une fonction spécifique, notamment pour les institutions qui ne peuvent pas acheter d’ETF actions mais qui sont en mesure d’acheter de la dette d’entreprise liée à une exposition au Bitcoin. Ils comblent donc certaines niches réglementaires et structurelles. Mais en matière de confiance, de gouvernance et de cohérence, la majorité des investisseurs préféreront un ETF BlackRock ou Fidelity à un véhicule proxy d’entreprise."

Les stablecoins et le chemin vers le trillion de dollars de capitalisation

Contexte

Les stablecoins sont la pierre angulaire d’une finance on-chain qui tend de plus en plus vers un écosystème de tokénisation d’actifs du monde réel. Ils jouent un rôle central dans presque tous les flux onchain liés aux RWAs, en servant à la fois d’unité de compte, de moyen de paiement et d’outil de règlement pour la majorité des produits tokenisés.

La majorité des stablecoins aujourd’hui est adossée à des actifs du monde réel de très haute qualité, principalement des bons du Trésor américain à court terme. Cette structure explique leur stabilité, mais aussi leur attractivité croissante auprès des institutions, qui y voient un instrument liquide, prévisible et compatible avec leurs contraintes opérationnelles.

Les stablecoins remplissent ainsi un double rôle clé dans l’écosystème. D’une part, ils constituent le principal support de liquidité permettant aux capitaux d’entrer et de sortir de la finance on-chain. D’autre part, ils représentent déjà l’un des principaux cas d’usage de la tokénisation, via les réserves qui les soutiennent.

Leur capitalisation totale atteint aujourd’hui environ 309 milliards de dollars, en hausse de plus de 50 % depuis le début de l’année. On recense désormais près de 300 émetteurs, preuve d’une demande toujours croissante.

Néanmoins, même avec un grand nombre d’émetteurs, l’essentiel de la capitalisation du marché des stablecoins reste concentré entre deux acteurs : Tether (USDT) et Circle (USDC), qui représentent à eux seuls environ 85 % du marché. Ils sont suivis par des protocoles comme Ethena (USDe) et Sky (USDS).

Cette domination soulève un enjeu majeur : l’extraction de valeur hors des écosystèmes d’origine, principalement au profit de Tether et Circle, lesquels ont généré respectivement environ 700 millions et 240 millions de dollars de revenus sur les 30 derniers jours. C’est précisément ce problème qu’Ethena cherche à adresser avec son modèle Stablecoin-as-a-Service, même si détrôner l’USDT et l’USDC reste un défi considérable étant donné leur imbrication profonde dans l’écosystème.

Guy Young (Fondateur et CEO @ethena_labs)

Nous avons interrogé Guy sur la croissance exceptionnelle des stablecoins en 2025, les problèmes encore non résolus du secteur, et la manière dont l’approche d’Ethena se différencie sur le marché actuel.

"Le principal problème non résolu reste l’inefficience du capital : des milliards de dollars de collatéral en stablecoins dorment sur les exchanges sans rien rapporter aux utilisateurs. Les récompenses USDe sur Bybit et Binance ont clairement démontré cette année une forte demande pour du collatéral productif, en particulier lorsque les rendements étaient largement supérieurs aux T-bills. Avec autant d’USDC improductifs actuellement utilisés comme marge sur Hyperliquid, nous voyons là une opportunité majeure et sommes très enthousiastes quant au récent lancement de HyENA, qui apporte du collatéral rémunéré à Hyperliquid et redéfinit l’efficacité du capital sur la plateforme.

[...] C’est exactement ce que résout HyENA : apporter les rendements USDe à Hyperliquid afin que les utilisateurs puissent trader sans sacrifier la productivité de leur capital. Nous sommes extrêmement enthousiastes à l’idée de voir ce que HyENA peut accomplir à l’intersection de deux des narratifs les plus importants de la crypto aujourd’hui : les dollars numériques et les exchanges."

Christopher Cameron (Governance and Stablecoins @GFXlabs)

Nous avons échangé avec Christopher sur la vague de nouveaux stablecoins apparus en 2025, et plus particulièrement sur les cas d’usage les plus intéressants qu’il identifie pour les prochaines années.

"J’ai été plutôt déçu par les stablecoins de 2025. Pratiquement aucun n’a réellement cherché à être un stablecoin utilisé comme monnaie, plutôt que comme simple fonds d’investissement. Ethena est la seule exception, dans la mesure où ils semblent au moins essayer de se rapprocher de la “moneyness”, mais je reste pessimiste quant à leurs perspectives, car leurs produits ne sont pas bien adaptés à cet objectif et ils manquent d’un plan de distribution clair.

Mention honorable pour USDai, intéressant moins pour le token en lui-même que pour la structuration juridique de ses prêts. C’est novateur et mérite l’attention des passionnés de stablecoins ou de lending. C’est un travail très malin, et je ne vous gâcherai pas la surprise."

Ethereum et la nouvelle stratégie de la Fondation

Contexte

En 2025, l’Ethereum Foundation a été confrontée à une vague de critiques publiques autour de sa culture, de sa gouvernance et de sa vitesse d’exécution. D’anciens contributeurs de l’EF ont également relayé leurs inquiétudes dans des discussions sur des forums ou sur X. L’organisation a répondu par des ajustements internes et par une clarification de ses priorités à court terme.

L’EF a d’abord revu sa structure de leadership et précisé la répartition des responsabilités. Aya Miyaguchi a quitté son rôle de Executive Director pour devenir President. L’EF a ensuite nommé Hsiao-Wei Wang et Tomasz K. Stańczak en tant que Co-Executive Directors.

L’objectif de cette nouvelle organisation est de mieux séparer la direction long terme de l’exécution opérationnelle au quotidien. Elle permet également à Vitalik Buterin de consacrer davantage de temps à la recherche et à la vision technique, tandis que les co-directeurs exécutifs se concentrent sur l’opérationnel et la livraison produit.

En parallèle, l’Ethereum Foundation a resserré son focus sur l’exécution du protocole en lui-même. Au milieu de l’année 2025, l’organisation a revu complètement ses efforts de recherche et développement et a communiqué trois axes prioritaires :

  • Améliorer le débit et l’efficacité du Layer 1
  • Scaler les blobs afin de soutenir les rollups et réduire le coût des données
  • Améliorer l’expérience utilisateur, notamment sur les wallets et l’interopérabilité

L’EF a également fait évoluer son modèle de financement, toujours dans la même ambition de simplifier et clarifier les procédés. Au lieu de reposer sur un flux continu de demandes de grant de la part des sociétés tierces, l’EF a introduit un système à deux voies, permettant d’améliorer le suivi et l’efficacité des contributions :

  • Wishlist, une liste publique des sujets prioritaires où l’EF souhaite voir émerger plus de travail, notamment sur la cryptographie et la privacy
  • Requests for Proposals (RFPs), des demandes ciblées associées à des livrables précis et à des critères de réussite plus clairs

Paul-Dylan Ennis (Auteur de “Absolute Essentials of Ethereum”)

Nous avons échangé avec Paul-Dylan autour de l’évolution structurelle de la Fondation Ethereum (EF), de son virage stratégique vers davantage de pragmatisme, et de la transition nécessaire d’un développement centré sur l’infrastructure vers un écosystème davantage orienté applications.

"Nous avons observé des changements profonds dans la structure de l’EF en tant qu’organisation, mais aussi dans sa culture, devenue beaucoup plus pragmatique. Je pense que l’EF ne reçoit pas assez de reconnaissance pour cela, en grande partie parce que ses détracteurs sont peut-être trop focalisés sur Crypto Twitter.

Nous avons vu un changement de leadership qui a installé Tomasz comme une voix du pragmatisme pour contrebalancer les tendances cypherpunk traditionnelles, avec un nouveau mantra : scale la L1, scale les blobs et améliorer l’UX, ainsi que des efforts plus modestes mais importants, comme la refonte de la page apps d’ethereum.org.

L’organisation de l’EF elle-même a subi des changements structurels, avec la rationalisation de Protocol Research and Development en une entité unique, Protocol, rendant plus lisibles sa structure de gouvernance et ses responsabilités. Sous Ecodev, la réorganisation inclut désormais des sous-sections très orientées écosystème, comme “Founder Success”, “Enterprise Acceleration” et “Launchpad”.

Il est probablement encore trop tôt pour voir les fruits de ces efforts, mais pour ceux qui y prêtent attention, il est clair que l’EF n’est plus une organisation excessivement tournée vers elle-même, ou du moins qu’elle comprend que si le Protocol (l’infrastructure) reste important, Ecodev (les applications) doit de plus en plus être mis en avant. Pour moi, la véritable transition aura lieu lorsque ces priorités seront inversées et que nous verrons Ecodev devenir le centre.

À Devconnect, il est clair que les applications occupent une place de plus en plus centrale, même s’il subsiste encore une sur-emphase sur le développement de l’infrastructure, qui devrait selon moi passer à l’arrière-plan, car il s’agit d’un travail de spécialiste peu susceptible de séduire un public large."

De notre point de vue, ce changement est un signal très positif pour Ethereum. Le fait que l’Ethereum Foundation prenne en compte les retours de la communauté et les traduise en évolutions concrètes, à la fois dans l’organisation et la stratégie, est exactement ce dont a besoin l’écosystème Ethereum pour sa prochaine phase de croissance.

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