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75 milliards de dollars levés, une valorisation de 1 750 milliards, et une opération déjà sursouscrite avant même d'ouvrir : l'IPO SpaceX est historique sur le papier. Mais derrière les chiffres records, la réalité est moins flatteuse, et le dossier mérite d'être passé au peigne fin.
SpaceX prépare une introduction en bourse record sur le Nasdaq sous le ticker SPCX. Le scénario retenu prévoit une émission de 555,6 millions d'actions de classe A à 135 dollars pièce, pour une levée de 75 milliards de dollars et une valorisation cible de 1 750 milliards de dollars.
L'opération est inhabituelle à trois égards : son ampleur, sa valorisation et sa structure. Le produit de l'offre reviendra entièrement à la société et non aux actionnaires vendeurs, la part allouée aux particuliers devrait être plus importante qu'à l'accoutumée, et l'inclusion dans les indices pourrait intervenir bien plus rapidement que lors d'une IPO classique.
Dans cet article, nous passons en revue les aspects les plus importants de l'une des introductions en bourse les plus attendues de l'histoire, avec un regard critique sur la structure de l'entreprise, son positionnement et la pertinence d'y investir.
Structure de l'opération :
À cette valorisation, SpaceX figurerait dès son premier jour de cotation parmi les plus grandes entreprises américaines en bourse. Elle reste toutefois difficile à justifier au regard des chiffres actuels.
SpaceX a réalisé 18,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2025, en hausse de 33 % par rapport à l'année précédente. En revanche, les pertes ont littéralement explosé : l'entreprise est passée d'un bénéfice de 791 millions de dollars en 2024 à une perte de 4,94 milliards de dollars l'an dernier. Cette dégradation s'explique principalement par l'intégration du segment IA dans la structure de SpaceX, nous y reviendrons.
Bien que les instruments SPCX sur Hyperliquid soient synthétiques et ne représentent pas des actions SpaceX réelles, ils donnent une indication utile sur ce que pourrait donner l'IPO une fois les échanges ouverts.
Le contrat a été lancé à un prix de référence de 150 dollars, soit une valorisation implicite d'environ 1 780 milliards de dollars, avant d'atteindre des niveaux bien plus élevés. Il a touché un plus haut historique de 230 dollars par action, frôlant les 3 000 milliards de dollars de valorisation.
Au moment de la rédaction, le SPCX s'échange autour de 155 dollars, ce qui implique une valorisation d'environ 2 000 milliards de dollars, soit 14 % au-dessus du prix d'introduction prévu.
SpaceX doit s'analyser comme trois entreprises réunies au sein d'une même holding.
Pilier 1 - L’espace - Le coeur stratégique
Ce segment regroupe Falcon, Dragon, Starship, les lancements commerciaux, les missions habitées et les services spatiaux gouvernementaux et de défense. C'est le fondement de l'avantage concurrentiel de SpaceX : lanceurs réutilisables, forte cadence de lancement, intégration verticale et contrats stratégiques.
Sur le plan financier, ce segment n'est pas encore le principal moteur de profits, le développement de Starship consommant des capitaux R&D considérables. Mais c'est aussi ce qui fait la renommée de l'entreprise.
Ce pilier est le plus important stratégiquement : il est vital pour le gouvernement américain et pratiquement impossible à répliquer. Une perte R&D dans ce contexte n'est donc finalement pas réellement préoccupante.
Pilier 2 - Starlink - La poule aux oeufs d'or
Starlink est le moteur commercial de l'entreprise. Le service propose un accès internet haut débit par satellite en orbite basse aux particuliers, aux entreprises, à l'aviation, au secteur maritime, aux gouvernements et aux zones mal desservies. Il tire avantage de la maîtrise des lancements par SpaceX, qui peut déployer et renouveler ses satellites à moindre coût et plus rapidement que des concurrents dépendants de prestataires tiers. Starlink compte aujourd'hui plus de 10 millions d'abonnés.
Pour les investisseurs, Starlink est l'actif financier central de SpaceX : premier contributeur au chiffre d'affaires et seul segment clairement rentable à l'échelle actuelle. C'est en pratique le seul élément qui justifie la valorisation actuelle de l'entreprise.
Pilier 3 - IA - Le gouffre à pertes
Le segment IA regroupe xAI, les produits liés à Grok, les actifs X consolidés via la structure de l'opération, et l'ambition de SpaceX en matière d'infrastructure de calcul IA et de centres de données. En pratique, la logique stratégique consiste à combiner énergie, capacités de lancement, satellites, connectivité et puissance de calcul pour bâtir une plateforme IA différenciée.
La réalité financière est tout autre : ce segment est massivement déficitaire et très capitalistique, sans résultats comparables à ceux de ses concurrents ni traction équivalente, et c'est précisément ce qui rend cette IPO difficile à analyser.
Le 28 mars 2025, xAI a acquis X dans le cadre d'une opération entièrement en actions valorisant xAI à 80 milliards de dollars et X à 33 milliards de dollars en capitaux propres, soit 45 milliards dette incluse. Ces valorisations ne tenaient pas vraiment la route, ces sociétés étant massivement déficitaires, mais c'était le moyen pour Elon Musk de sauver X depuis son passage en société privée.
SpaceX a ensuite acquis xAI dans le cadre d'une opération valorisant SpaceX à 1 000 milliards de dollars et xAI à 250 milliards. Résultat : une activité IA très capitalistique et déficitaire s'est retrouvée intégrée au sein du meilleur véhicule de valorisation de l'écosystème Musk. Cette décision était sans doute plus sensée que de passer par Tesla, où Musk dispose d'un pouvoir de gouvernance moindre et où une telle manoeuvre aurait été bien plus difficile à faire avaler.
SpaceX ouvre le bal des trois grandes introductions en bourse de l'année. Suivront Anthropic et OpenAI, valorisées respectivement 965 et 950 milliards de dollars. Chaque société vise une levée de 75 milliards de dollars, pour un total de 225 milliards sur l'ensemble de la vague.
La capitalisation boursière américaine s'établit actuellement à 68 000 milliards de dollars. Ces trois IPO représenteront donc environ 0,33 % de la capitalisation totale des entreprises américaines cotées, soit 104 fois plus que l'ensemble des IPO de la bulle Internet entre 1995 et 1998.
Trois risques de marché en découlent :
L'intégration de SpaceX (et des autres grandes IPO de l'année) dans les indices passifs est un point à surveiller de près. Elle permettrait notamment à ces sociétés d'entrer dans les fonds de pension qui répliquent passivement ces indices.
Le Nasdaq a mis en place une procédure d'entrée accélérée permettant aux entreprises à très grande valeur nouvellement cotées d'intégrer le Nasdaq-100 après un court délai, potentiellement dès 15 jours de cotation si leur capitalisation boursière est suffisamment élevée.
Cette modification de règlement a été largement interprétée comme taillée sur mesure pour les méga-IPO, car sous l'ancien régime ces sociétés auraient dû patienter bien plus longtemps. C'est d'ailleurs l'argument qu'a fait valoir SpaceX pour opter pour le Nasdaq plutôt que pour d'autres bourses comme le NYSE.
De son côté, le S&P Global n'a pas suivi la même démarche. Après avoir envisagé des aménagements qui auraient permis à SpaceX d'intégrer rapidement le S&P 500 malgré un historique boursier limité, un faible flottant et une absence de rentabilité, le S&P a finalement écarté cette option.
SpaceX pourrait donc bénéficier d'une inclusion rapide dans les indices Nasdaq, mais pas d'une entrée immédiate au S&P 500. **Cela a son importance en termes de flux : l'intégration au Nasdaq-100 pourrait générer une demande passive précoce, mais la base acheteuse liée au S&P 500, bien plus vaste, ne se matérialisera que lorsque SpaceX remplira les critères de S&P, notamment les exigences de rentabilité.
Tout cela étant dit, faut-il oui ou non acheter l'action SpaceX ? Faut-il anticiper une hausse, ou une baisse ? Dans une Alpha réservée à nos membres Premium, nous vous livrons notre vision du dossier, et les éléments à considérer pour aborder cette IPO sereinement.



