Contexte à propos d’Ethereum
Malgré une concurrence élevée depuis plusieurs années, Ethereum demeure l’infrastructure centrale de la finance on-chain, à la fois en tant que couche de prédilection pour les stablecoins, la tokénisation et les applications financières, et comme base de sécurité pour un écosystème de réseaux de layer 2.
Le Q4 2025 a été une période de forte correction pour le marché des cryptos. Le contexte de réduction du risque macro et de tensions commerciales a pesé sur l’ensemble des actifs à bêta élevé et par conséquent, sur l’ETH.
Néanmoins, les métriques fondamentales restent en croissance et l’allocation institutionnelle se segmente : les ETF sont plus sensibles aux rotations de portefeuilles, tandis que les trésoreries d’entreprises adoptent une logique d’accumulation et de staking.
La trajectoire “rollup-centric” s’est confirmée au Q4 2025 : l’upgrade Fusaka / PeerDAS renforce la scalabilité, au prix d’une compression des revenus court terme liés à la DA, et déplace la lecture de l’ETH vers une logique davantage “scarcity / sédentarisation de l’offre” que monétisation directe par les frais.
Analyse financière d’Ethereum au Q4 2025
Le Q4 2025 a été un trimestre de recul pour le marché cryptos : BTC -23%, ETH -28%, dans un contexte de tensions commerciales et de durcissement des anticipations macro. L’ETH a ouvert le trimestre autour de 4150$ et clôture l’année à 2982$, marquant une rupture nette de la dynamique haussière du Q3.
Évolution du prix d’ETH
- Performance ETH : -28,3% QoQ.
- Le trimestre a été marqué par l’invalidation de supports clés, notamment la rupture du seuil des 3500$ en novembre, qui a accéléré la correction.
- L’activation de Fusaka en décembre améliore la lisibilité de la roadmap, mais n’a pas servi de catalyseur de prix immédiat (évènement anticipé).
Ratio ETH/BTC
Malgré la correction sur le marché spot et donc la baisse nominale, le ratio ETH/BTC reste relativement stable, dans un range autour de 0,034 à 0,035.
- L’ETH ne subit plus de sortie de capitaux systématique au profit du BTC en phase de correction.
- La paire ETH/BTC est de moins en moins utilisée comme un simple outil d’arbitrage défensif, probablement en raison de l’évolution de la perception de l’Ether.
- Ce constat coincide avec la montée en puissance du rôle d’Ethereum comme couche principale de la finance on-chain, contribue à ancrer durablement le ratio, y compris dans des phases compliquées.
ETF spot ETH
La correction du Q4 s’inscrit dans un contexte de désengagement progressif des actifs risqués (en raison du contexte macroéconomique) et de prises de profits des investisseurs professionnels et institutionnels en fin d’exercice fiscal.
- La dominance de BlackRock s’est fortement contractée sur le trimestre, passant de 72,1% à 51,8% des parts de marché.
- Ce recul coïncide avec le lancement du staking au sein du Grayscale Mini ETH, activé le 6 octobre 2025.
- Avec environ 64% des actifs stakés, le Grayscale mini ETH génère un rendement brut estimé à 4.07%, tout en affichant les frais les plus bas du segment (0.15%).
- Cette combinaison (rendement et coûts faibles) explique pourquoi le Grayscale Mini ETH est le véhicule qui résiste le mieux à la baisse des AUM.
- L’avantage de “premier entrant” et le statut de BlackRock ne suffise plus à maintenir les liquidités, qui migrent vers des fonds plus attractifs.
- Le marché converge vers un duopole : BlackRock et Grayscale contrôlent désormais plus de 84 % de l'AUM total.
Le Q4 2025 marque un tournant pour les ETF ETH. La liquidité ne se concentre plus uniquement sur les principaux émetteurs, mais s’oriente vers des produits offrant une exposition productive à l’Ether. Le staking devient un critère d’allocation déterminant, susceptible de redessiner durablement la structure du marché.
Ethereum Treasury Companies
À l’inverse des ETF, les acteurs corporate exposés à l’Ether ont adopté une stratégie résolument anticyclique au Q4 2025. La correction du spot a été perçue comme une opportunité d’allocation, et non comme un signal de désengagement.
- La détention d’ETH par les entreprises progresse fortement, passant de 3,6% à 4,99% de la supply sur le trimestre (+1,39 point).
- Ce mouvement traduit un transfert de l’offre depuis des détenteurs à horizon court vers des bilans institutionnels à temporalité longue.
- Des acteurs comme BitMine Immersion Technologies, SharpLink Gaming ou Bit Digital concentrent désormais une part significative de l’offre.
Dans un contexte de chute du prix de l’ETH (-28%), la gestion du cost of carry devient centrale, poussant les entreprises à transformer l’ETH en actif productif.
- Plusieurs trésoreries adoptent un modèle de staking-as-a-treasury, avec des taux de staking très élevés (jusqu’à 100% pour certains acteurs).
- Les rendements issus du staking (environ 3 à 4% annualisés) jouent un rôle d’amortisseur de volatilité et incitent à une détention de long terme.
- SharpLink Gaming (SBET) a déployé 170 millions de dollars d’ETH sur le réseau Linea, via des intégrations avec EtherFi et EigenCloud. Bit Digital (BTBT) détient 89% de ses avoirs en staking.
- BitMine (BMNR) prépare le lancement de sa propre infrastructure de validation (MAVAN, Q1 2026), illustrant une professionnalisation croissante de la gestion de trésorerie en ETH.
Enfin, le Q4 2025 marque une montée en puissance du restaking comme levier de performance institutionnel.
- Le ratio global de staking dépasse 29% de la supply en fin de trimestre.
- La contraction du rendement de base du staking (environ 2,81%) renforce l’attrait des stratégies de restaking.
- Les solutions comme EigenLayer ou Symbiotic permettent à certains acteurs d’atteindre des rendements nets de 4,8% à 5,2%, redevenant compétitifs malgré la correction du spot.
L’allocation institutionnelle en ETH se segmente durablement entre des véhicules tactiques (ETF) et des détenteurs structurels (treasuries). Ces derniers contribuent à la sédentarisation progressive de l’offre et renforcent la résilience de la structure de marché d’Ethereum.
Analyse on-chain d’Ethereum au Q4 2025
Ethereum termine l’année 2025 avec un Q4 contrasté : malgré la chute du prix de l’ETH et la baisse des frais, l’usage du réseau continue de s’intensifier.
Activité on-chain
- Transactions : nouveau record journalier à 2,23M (31 décembre) et volume mensuel en hausse d’environ +48% YoY.
- Nouvelles adresses : plus de 15M créées sur le trimestre, dont 6,2M en décembre, soit le rythme le plus élevé depuis 2017.
- Développeurs : activité soutenue, avec un pic proche de 500k contrats déployés en 24h fin novembre.
Fees et impact sur l’offre d’ETH
- Frais : 76,6M de dollars, en baisse de 39% QoQ, notamment sous l’effet combiné de l’EIP-4844 et de Fusaka / PeerDAS (la part de revenus reversée par les layer 2 au mainnet est passé de 40% à moins de 10%).
- Burn de l’ETH : compression du burn issu de la baisse des revenus de data availability, maintenant ETH dans un régime légèrement inflationniste sur le trimestre.
- Constat : l’économie du protocole privilégie la réduction des coûts et la montée en charge des L2, au détriment des revenus court terme du L1.
Le Q4 2025 consacre l’aboutissement technique de la feuille de route rollup-centric, tout en mettant sous tension le modèle historique de capture de valeur de l’ETH. Ethereum a renoncé à plus de 100M de dollars estimés de frais, en faveur de la scalabilité des layer 2.
Staking et sécurité du réseau
- ETH stakés : plus de 35M d’ETH, soit 29% de la supply circulante en fin de trimestre.
- Impact de l’EIP-7251 : la Maximal Effective Balance des validateurs a été augmenté de 32 à 2 048 ETH, permettant une réorganisation opérationnelle et une réduction de 9% du nombre de validateurs.
- Flux de staking : entrées nettes positives observées même lors des phases de baisse de l’ETH.
- Le poids du restaking n’a quasiment pas varié, EigenLayer détenant toujours autour de 4,2 millions d'ETH.
- Rendement de base (CESR) : en repli autour de 2,8%, sous l’effet de la dilution.
- Le staking continue de réduire la liquidité flottante et d’ancrer une part croissante de l’offre hors marché.
Analyse de l’écosystème d’Ethereum au Q4 2025
Le Q4 2025 confirme le rôle central d’Ethereum comme infrastructure de règlement et de liquidité on-chain. Malgré la correction du marché, l’écosystème reste actif, porté par les stablecoins, la tokenisation et la finance on-chain.
DeFi et liquidité on-chain
- TVL DeFi : proche de 100 Md$ sur le trimestre, maintenant une avance très nette sur les autres écosystèmes.
- La baisse observée de la TVL en dollars (-26%) s’explique principalement par la dépréciation de l’ETH (-28%), et non par des retraits massifs de capitaux.
- Exprimée en ETH, la TVL des principaux protocoles apparaît globalement stable.
Au-delà des principaux chiffres, la distribution de la TVL montre plusieurs éléments intéressants :
- Le secteur des RWAs a explosé de +10.3% QoQ et +202% YoY.
- Le secteur du lending a grimpé de +624% YoY, la meilleure performance des secteurs.
- Pendle (-46%) et Ethena (-47%) sont les baisses les plus importantes parmi les protocoles majeurs.
Stablecoins
- Volume on-chain : près de 8 000 Md$ traités sur le trimestre, un niveau record.
- TVL : plus de 164 Md$ en fin d’année, en hausse d’environ +47% sur 2025.
- La liquidité en stablecoins est restée globalement stable sur le trimestre, malgré la volatilité du marché.
Real World Assets (RWAs)
- TVL (hors stablecoins) : environ 12 Md$ sécurisés sur Ethereum mainnet, soit 60% de la valeur totale on-chain.
- En incluant les layer 2, la dominance de l’écosystème Ethereum atteint 70%.
- Le segment des tokenized commodities est le principal moteur de croissance au Q4, avec une hausse d’environ +54%, portée notamment par la performance de l’or.
Développements techniques et roadmap
Le Q4 2025 marque une étape importante dans l’exécution de la roadmap d’Ethereum. Les priorités restent inchangées : scalabilité, efficience du consensus et amélioration de l’expérience utilisateur, sous contrainte de décentralisation.
Upgrade Fusaka et PeerDAS
- Fusaka, activé en décembre 2025, introduit une refonte du modèle de disponibilité des données via les blobs et PeerDAS.
- PeerDAS permet de vérifier la disponibilité des données par échantillonnage, sans téléchargement complet des blocs, réduisant les contraintes matérielles sur les validateurs.
- La capacité de traitement des blobs a été significativement augmentée, avec un target porté à 14 blobs (et un maximum à 21 blobs début 2026).
- L’utilisation effective reste inférieure aux nouvelles capacités, traduisant un surdimensionnement volontaire afin de maintenir les frais proches du plancher et offrir de la prévisibilité économique aux layer 2.
Impact sur l’économie du réseau
- La baisse des frais de Data Availability a entraîné une compression du burn issu de l’EIP-1559.
- Sur l’ensemble de 2025, Ethereum a sacrifié une part significative de revenus court terme afin de soutenir la montée en charge des rollups.
- La trajectoire actuelle déplace la lecture de l’ETH d’un modèle centré sur la monétisation des frais vers une logique d’absorption du volume et de sédentarisation de l’offre.
Initiatives de la Fondation Ethereum
- Rebranding de Privacy & Scaling Explorations en Privacy Stewards of Ethereum (PSE), avec un mandat élargi vers le déploiement opérationnel de solutions de confidentialité.
- Avancées sur les standards de ZK-KYC, visant à permettre l’interaction d’acteurs régulés avec la DeFi sans exposition des données sensibles.
- Présentation de PlasmaFold, démontrant des gains significatifs d’efficience sur la génération et l’agrégation de preuves, avec des latences client-side inférieures à une seconde dans certains cas.
- Stabilisation de standards liés aux agents autonomes (ERC-8004, x402), facilitant l’interaction machine-to-machine et les paiements on-chain.
Perspectives Glamsterdam (2026)
- Glamsterdam ouvre la phase dite “The Scourge” de la roadmap, axée sur l’efficience du consensus et la résistance à la censure.
- L’EIP-7782 (réduction des slots de 12 à 6 secondes) est au cœur des discussions, avec un objectif de réactivité accrue pour les usages sensibles à la latence.
- L’introduction de l’enshrined PBS (ePBS) vise à intégrer nativement la séparation proposer/builder, professionnalisant davantage la production de blocs.
- Ces évolutions posent des enjeux nouveaux en matière de centralisation opérationnelle (latence, exigences matérielles), qui conditionneront le rythme et le périmètre exact de l’upgrade.
- La soutenabilité de cette trajectoire dépendra en grande partie des évolutions prévues avec Hegota (Verkle Trees, State Expiry), attendues fin 2026.