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  4. Privacy Crypto Tendance Durable Bulle Narrative

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Table des matières

  • Introduction
  • Contexte à propos de la privacy
  • Allocation institutionnelle
  • Durcissement réglementaire (UE / US)
  • Concentration des flux
  • Basculement CEX vers DEX
  • Rétrospective des cycles privacy
  • 2017 : narratif “cash numérique anonyme”
  • 2021 : essoufflement et concurrence de la DeFi
  • 2025 : retour du thème dans un contexte de surveillance
  • Corrélation et segmentation du marché
  • Corrélations privacy vs marché crypto
  • Privacy comme hedge narratif et segment anticyclique
  • Offre et activité shielded sur Zcash
  • Structure de l’offre shielded / transparente
  • Dynamique d’adoption des adresses privées
  • Le climat de surveillance et la demande de refuge
  • Trajectoire réglementaire
  • Intérêt et perception publique
  • L’infrastructure privacy en DeFi
  • TVL agrégée des protocoles de confidentialité
  • L’impact de Tornado Cash
  • Nouvelles primitives : privacy-as-a-layer
  • À surveiller
  • Mise en œuvre de la régulation
  • Évolution des primitives privacy
  • Conclusion

La privacy en crypto : retour d'une tendance durable ou simple bulle narrative ?

Publié le5 décembre 2025

La privacy en crypto : retour d'une tendance durable ou simple bulle narrative ?
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La privacy retrouve une place singulière dans un marché crypto désormais dominé par la conformité et les flux institutionnels. Alors que la surveillance se renforce et que les utilisateurs se tournent vers les solutions on-chain, les actifs orientés confidentialité évoluent de plus en plus indépendamment du reste du marché. Cette analyse dresse un panorama clair et documenté d’un segment longtemps marginalisé mais redevenu stratégique.


Introduction

Les dernières semaines ont été marquées par un phénomène inattendu : le segment privacy évolue de plus en plus indépendamment du reste du marché crypto. Dans un contexte où la conformité réglementaire, la traçabilité et la surveillance sont en hausse, les actifs orientés sur la confidentialité retrouvent une utilité qui dépasse largement la spéculation.

Le marché crypto est de plus en plus porté par les flux institutionnels et corrélé aux actifs traditionnels. Ainsi, le secteur de la privacy est l’un des seuls hedge intra-crypto à la financiarisation de l’écosystème. L’usage on-chain de ces protocoles atteint un sommet historique, supérieur à d’autres segments pourtant plus rémunérateurs.

La montée de la demande sociale pour la discrétion financière confirme une dynamique anticyclique et la direction réglementaire des différentes juridictions alimente désormais la thèse privacy qu’elle cherche pourtant à contenir.

Cette analyse fournit un état des lieux factuel d’un segment historiquement marginalisé mais structurel dans l’écosystème crypto. Est-ce que le retour en force des actifs liés à la privacy est une simple bulle spéculative dans un cycle de marché peu excitant, ou est-ce un signal d’une tendance qui s’installe durablement ?


Contexte à propos de la privacy

Allocation institutionnelle

Entre 2024 et 2025, le marché crypto est entré dans une phase dominée par les flux institutionnels. L’essor des produits régulés, en particulier les ETF Bitcoin spot, a recentré la liquidité sur les actifs considérés comme conformes et institutionnels, à commencer par BTC.

Ce mouvement s’est accompagné d’un durcissement réglementaire qui a renforcé la polarisation entre les actifs institutionnels et ceux jugés sensibles, notamment les privacy coins. Les approches diffèrent selon les juridictions, mais la dynamique globale reste la même : réduction de l’exposition des plateformes régulées et contraintes croissantes sur les outils d’anonymat.

Durcissement réglementaire (UE / US)

Dans l’Union européenne, la combinaison de MiCA et de TFR interdit explicitement les anonymity-enhancing coins. Les exchanges enregistrés ont dû s’y conformer, les paires Monero (XMR) ont été ainsi retirées de Kraken et Binance pour les clients de l’espace économique européen dès 2024.

Aux États-Unis, aucune interdiction officielle n’existe, mais les exigences AML de la FinCEN et de l’OFAC ont le même effet et les grandes plateformes évitent ou restreignent les privacy coins. Coinbase n’a jamais listé Monero, et Zcash n’y est disponible qu’avec certaines restrictions.

En 2025, 73 exchanges dans le monde ont retiré au moins un privacy coin, contre 51 en 2023. Les retraits de Binance, Kraken ou Upbit ont fait disparaître environ 600 millions de dollars de volume quotidien.

La FinCEN a également proposé en début d’année une règle imposant l’enregistrement des transactions privacy supérieures à 500 dollars. Par ailleurs, 97 pays disposent désormais d’un cadre réglementaire spécifique pour ces actifs, contre 79 en 2023.

Concentration des flux

La part des marchés régulés a augmenté, notamment sur les dérivés. Le CME figure désormais parmi les premières places mondiales en open interest et en volume sur les contrats à terme Bitcoin.

Dans le même temps, la dominance de Bitcoin reste au-dessus de 50 % depuis près de deux ans, ce qui n’était plus arrivé depuis 2018. Cette stabilité illustre la concentration des flux sur les actifs conformes et les marchés régulés.

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Basculement CEX vers DEX

Pour autant, les utilisateurs n’ont pas abandonné leur idéaux de confidentialité et l’activité on-chain en témoigne. Si d’un côté les flux institutionnels se concentrent effectivement sur les produits régulés (ETF Bitcoin, plateformes agréées, actifs conformes), une part croissante de la liquidité migre vers les infrastructures décentralisées.

En 2025, le ratio DEX/CEX a atteint un sommet historique, signalant un mouvement structurel de la liquidité vers les plateformes on-chain. La part des volumes dérivés traités sur des DEX a doublé en deux ans, bien portée par des acteurs comme Hyperliquid.

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Bien que cela n’ait techniquement que peu d’impact sur le secteur de la privacy et ses principaux représentants, ce constat découle directement des mêmes motivations qui ont historiquement alimenté les privacy coins depuis une décennie : contourner la surveillance, préserver la confidentialité de son identité et de son activité et maintenir la souveraineté sur ses actifs.

Évidemment, la résurgence de l’activité sur les plateformes décentralisées est également amplifiée par le système de points et d’airdrops devenue un moteur d’activité à part entière. Interagir, fournir de la liquidité ou trader on-chain permet d’accumuler des droits futurs, renforçant l’engagement même hors périodes spéculatives.

En parallèle, les incertitudes entourant les CEX (opacité, pressions réglementaires, enquêtes, restrictions temporaires de retraits) ravivent la méfiance des utilisateurs. Le cycle actuel illustre cette dualité : les capitaux institutionnels se stabilisent dans les circuits régulés tandis que les capitaux crypto-natifs se déplacent vers les structures décentralisées.

La baisse continue des réserves de Bitcoin et d’Ethereum sur les exchanges depuis 2023 en est l’illustration la plus parlante. Une partie de cette liquidité migre vers les structures de conservation institutionnelles, notamment les ETF tandis qu’une autre s’oriente vers les protocoles décentralisés. Ce sont deux idéologies qui coexistent : la custodie réglementée d’un côté, la souveraineté on-chain de l’autre.


Rétrospective des cycles privacy

Les cycles de performance des privacy coins suivent un schéma récurrent. À chaque période d’euphorie du marché, l’intérêt pour les actifs orientés confidentialité réapparaît brièvement, souvent en fin de cycle.

2017 : narratif “cash numérique anonyme”

En 2017, le narratif du cash numérique anonyme domine la scène. Zcash (ZEC), Monero (XMR) et Dash (DASH) surperforment largement le marché. Leur promesse d’une monnaie intraçable séduit les premiers investisseurs soucieux de souveraineté financière. Là où Bitcoin propose un pseudonymat limité, les privacy coins introduisent une confidentialité complète.

2021 : essoufflement et concurrence de la DeFi

En 2021, la dynamique s’essouffle. La corrélation avec Bitcoin s’accentue, les innovations techniques se raréfient et les capitaux se déplacent vers la DeFi et les NFT, davantage orientés vers Ethereum.

2025 : retour du thème dans un contexte de surveillance

En 2025, le thème privacy refait surface dans un contexte de surveillance renforcée et de durcissement réglementaire. Zcash se démarque par une surperformance marquée face à Bitcoin, tandis que Monero et Dash affichent également une performance positive depuis le début de l’année.

Cette surperformance de ZEC s’explique en partie par sa conception hybride. Toutes les transactions n’y sont pas confidentielles. La coexistence d’adresses transparentes et d’adresses privées permet aux plateformes régulées de continuer à le lister, contrairement à Monero, dont l’opacité intégrale reste incompatible avec les exigences KYC/AML.

Le maintien de ZEC sur des CEX comme Coinbase et Kraken garantit une liquidité plus stable et facilite l’exposition des investisseurs au thème privacy sans quitter complètement les circuits régulés. Cette différence structurelle contribue largement à sa performance relative, même en l’absence d’évolutions techniques majeures.

Au-delà de l’aspect spéculatif, le comportement des privacy coins reste fortement lié au sentiment macro. Historiquement, ils sur-réagissent aux phases d’euphorie puis deviennent un refuge post-bull, souvent considéré comme un indicateur avancé de fin de cycle.

Cependant, la “saison privacy” n’a jamais duré longtemps. En 2017 comme en 2021, les phases de surperformance de ZEC, XMR ou DASH face à Bitcoin et Ethereum se limitent à quelques semaines ou quelques mois, avant de se retourner brutalement lorsque la liquidité se redéploie sur de nouveaux narratifs.

Sur plusieurs années, les courbes de performance montrent le même schéma : un pic bref, suivi d’une stagnation prolongée ou d’une sous-performance nette face aux actifs de référence. Le mouvement de 2025 s’inscrit dans cette logique : une accélération forte, mais trop récente pour indiquer un changement de cycle durable.

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Au premier trimestre 2025, les transactions confidentielles représentent 11,4 % de l’ensemble des transactions crypto (contre 9,7 % en 2024), en dépit du recentrage institutionnel vers les marchés régulés.

Monero demeure la référence du segment, avec 58 % de la capitalisation, contre 21 % pour Zcash et 10 % pour Dash. En février 2025, le volume global du secteur atteint 8,7 milliards de dollars, soit une hausse de 15 % sur un an.

Malgré la montée de Zcash, Monero reste l’actif central du segment, symbole d’une résilience rare face à la pression réglementaire et aux délistings successifs.


Corrélation et segmentation du marché

Corrélations privacy vs marché crypto

L’analyse des corrélations inter-actifs met en évidence une séparation nette entre les privacy coins et le reste du marché. Ils forment le segment le plus décorrélé de l’écosystème crypto. Les données montrent une corrélation faible, parfois négative, entre les principaux privacy coins (XMR, ZEC, DASH) et les actifs de référence que sont Bitcoin et Ethereum.

À l’inverse, ces actifs présentent entre eux une corrélation modérément positive. Cela signale une cohésion interne, mais aucun lien fort avec les cycles du marché global. Les privacy coins évoluent selon leurs propres moteurs, généralement sociopolitiques, et non en fonction des flux dominants du secteur.

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Cette décorrélation n’implique toutefois pas une moindre exposition au risque. Les privacy coins restent parmi les actifs les plus volatils de l’écosystème. Sur un an, leur volatilité glissante à un mois est près de cinq fois supérieure à celle de Bitcoin.

Privacy comme hedge narratif et segment anticyclique

Ce profil traduit une exposition à une narration distincte, détachée des facteurs macroéconomiques classiques. Là où Bitcoin réagit aux mouvements de liquidité institutionnelle, Zcash et les autres privacy coins évoluent en fonction de variables sociopolitiques : perception de surveillance, durcissement réglementaire, besoin de confidentialité financière.

Dans une logique de gestion de portefeuille, cette indépendance fait des privacy coins un hedge interne au marché crypto. Ils ne suivent ni les mouvements d’arbitrage entre actifs majeurs, ni les dynamiques de dominance. Leur valorisation repose sur un besoin d’autonomie et de discrétion, pas sur l’intégration aux infrastructures financières traditionnelles.

Dans un environnement où la corrélation entre Bitcoin et les marchés actions s’est renforcée, la privacy constitue désormais l’un des rares segments réellement non corrélés, un contrepoids direct à la financiarisation du secteur.

Les privacy coins n’agissent donc pas comme un refuge financier classique, mais comme un refuge narratif. Ils forment un sous-ensemble porté par des moteurs sociaux et réglementaires propres, souvent à contretemps des thèmes dominants.

Au premier trimestre 2025, ils ont traité collectivement 258 milliards de dollars de transactions, soit environ 12 % du volume crypto global. Cette proportion confirme leur rôle d’écosystème parallèle, structuré par l’usage, plutôt que d’un simple segment spéculatif dépendant des cycles.


Offre et activité shielded sur Zcash

Au cours des trois dernières années, Zcash n’a connu aucune mise à jour structurelle majeure susceptible d’expliquer sa performance récente. Les avancées techniques déterminantes datent essentiellement de Sapling (2018) et d’Orchard (2022), qui ont rendu les transactions confidentielles plus légères et plus rapides. Elles constituent aujourd’hui la base de l’infrastructure technique du réseau.

Structure de l’offre shielded / transparente

L’offre shielded totale, c’est-à-dire la part de ZEC conservée dans des adresses confidentielles dont les montants, expéditeurs et destinataires sont chiffrés, atteint environ 4,8 millions ZEC, soit près de 30 % de la supply en circulation. Cette offre se répartit entre trois générations de pools :

  • Sprout Pool (2016), première implémentation, désormais obsolète.
  • Sapling Pool (2018), deuxième génération, plus légère et plus efficiente, totalisant environ 707 239 ZEC.
  • Orchard Pool (2022), architecture unifiée avec confidentialité par défaut, aujourd’hui dominante avec plus de 4,1 millions ZEC.

La bascule entre l’offre transparente et l’offre shielded confirme cette tendance : le stock d’adresses transparentes diminue depuis 2024. Ce déplacement progressif traduit une adoption croissante des fonctions de confidentialité, alors même qu’aucune innovation protocolaire récente n’a été introduite.

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Dynamique d’adoption des adresses privées

L’activité shielded a progressé d’environ 90 % sur un an, portée par un regain d’intérêt dans un contexte de surveillance financière renforcée et d’encadrement réglementaire accru. Cette évolution ne reflète pas une innovation technique récente de Zcash, mais plutôt une dynamique narrative : ZEC retrouve une utilité dans un environnement où la confidentialité devient plus difficile à préserver.

Pour autant, cette hausse d’activité ne doit pas être surinterprétée. La performance récente de ZEC tient aussi à des facteurs spéculatifs. Le token a connu une première montée rapide et explosive, qui a rappelé les rallyes haussiers des altcoins dans les phases tardives des cycles précédents, alors même que le reste du marché ne bougeait pas. C’est ce qui a alimenté le reste de la hausse, avant que le cours ne corrige tout aussi brutalement.

L’avantage structurel de Zcash demeure cependant sa conception hybride. La coexistence d’adresses transparentes et privées facilite son maintien sur certaines plateformes régulées, contrairement à Monero dont l’opacité intégrale provoque des délistings systématiques. Cette accessibilité relative permet à ZEC de capter une partie de la demande liée à la confidentialité sans sortir totalement des circuits conformes, un positionnement particulier dans un segment souvent marginalisé.


Le climat de surveillance et la demande de refuge

Trajectoire réglementaire

Depuis 2024, la trajectoire réglementaire du marché crypto évolue vers une traçabilité quasi totale des flux. Aux États-Unis, l’OFAC et l’IRS renforcent leur présence sur les transactions on-chain, soutenues par des obligations fiscales élargies et des sanctions ciblant les protocoles d’anonymisation.

En Europe, l’arrivée du Digital Identity Wallet et la création de l’AMLA étendent le champ des obligations de conformité à l’ensemble des prestataires d’actifs numériques.

Ce resserrement réglementaire crée une tension structurelle : plus les exigences de surveillance augmentent, plus la demande pour des outils de confidentialité progresse. La surperformance ponctuelle observée en 2025 sur Zcash et Monero reflète en partie cette dynamique, sans toutefois constituer un changement de régime durable. Il s’agit bien davantage d’une réaction à un environnement perçu comme plus intrusif que d’un signal fondamental ou technique.

Intérêt et perception publique

L’évolution des requêtes liées à la confidentialité confirme cette montée de la demande symbolique. Depuis la mi-2025, les recherches associées à la surveillance financière atteignent des niveaux inédits sur Google, signe d’un déplacement du débat public vers les questions de traçabilité et de souveraineté numérique.

Cette évolution correspond à une transformation narrative : la confidentialité n’est plus seulement vue comme une fonctionnalité cryptographique, mais comme un refuge symbolique face à l’extension progressive de la surveillance financière. Les affaires Tornado Cash et Samourai Wallet ont renforcé ce positionnement paradoxal : marginalisés institutionnellement, les actifs privacy acquièrent une légitimité idéologique plus forte auprès des utilisateurs sensibles à la souveraineté individuelle.

Les données relativisent toutefois certaines inquiétudes. En 2025, environ 7 % des transactions en privacy coins sont suspectées d’intention illicite, un niveau inférieur aux perceptions publiques souvent amplifiées. Monero concentre néanmoins environ 87 % des volumes associés à des usages illégaux au sein du segment, ce qui explique en grande partie son exclusion systématique des plateformes régulées.


L’infrastructure privacy en DeFi

Malgré une capitalisation relativement faible à l’échelle du marché, le segment privacy conserve une fonction stratégique, celle d’un hedge structurel au sein de la DeFi, indépendant des cycles de rendement et de l’adoption institutionnelle.

TVL agrégée des protocoles de confidentialité

En novembre 2025, la TVL cumulée des protocoles orientés confidentialité atteint 1,34 milliard de dollars, en hausse continue depuis le deuxième trimestre. C’est un niveau historiquement élevé, supérieur au précédent sommet de 2021, et obtenu malgré l’absence totale de flux institutionnels.

Cette progression constitue une anomalie relative : la capitalisation du segment privacy dépasse désormais celle du marché insurance en DeFi, un secteur traditionnellement soutenu par des incentives. La privacy, elle, repose presque exclusivement sur une demande utilisateur organique.

L’impact de Tornado Cash

Tornado Cash, toujours sous sanctions OFAC, représente plus de 90 % de cette TVL, soit environ 1,22 milliard de dollars. La réaccumulation de TVL depuis 2023 montre que, malgré le cadre réglementaire défavorable, l’usage d’outils d’anonymisation directe ne disparaît pas.

Nouvelles primitives : privacy-as-a-layer

En parallèle, une nouvelle génération de protocoles (Railgun, Nocturne, Zama, Aleo, Nillion) amorce une transition du modèle mixing vers celui du “privacy-as-a-layer”. Leur approche repose sur le chiffrement homomorphe, les preuves ZK et la modularité cross-chain.

Ce glissement traduit une maturation du segment, de l’anonymat transactionnel vers la confidentialité intégrée à l’infrastructure. Celle-ci n’y apparaît plus comme une fonctionnalité décorative ou un produit séparé, mais comme un service d’infrastructure destiné à être utilisé en arrière-plan, sans mixer ni mécanisme lourd d’obfuscation.

L’écosystème reste limité en volume et en adoption, mais il présente une cohérence technique croissante : faible visibilité, peu d’incitations, mais un objectif clair de souveraineté on-chain. La privacy se redéfinit ainsi comme une couche défensive dans un marché dominé par la conformité institutionnelle.


À surveiller

Mise en œuvre de la régulation

La trajectoire réglementaire des prochaines années jouera un rôle central dans l’évolution du segment. Plusieurs textes, encore en phase d’implémentation ou de finalisation, pourraient influencer l’accès aux privacy coins et la manière dont les plateformes régulées devront gérer ces actifs.

En Europe, l’application concrète de MiCA, de TFR et du paquet AML/TFR à partir de 2026 déterminera l’avenir des anonymity-enhancing coins dans les environnements régulés. Les effets sur les listings et sur la gestion opérationnelle des transactions anonymes seront des points critiques à suivre.

Aux États-Unis, les règles FinCEN relatives à la conservation et au reporting des transactions crypto pourraient restreindre davantage l’usage des outils de confidentialité. L’évolution du GENIUS Act, le cadre proposé pour les stablecoins et les services non-KYC, ainsi que la révision du formulaire IRS 1099-DA font partie des éléments les plus sensibles. Le risque ne réside pas uniquement dans les textes eux-mêmes, mais dans leur application concrète par les acteurs du marché.

Évolution des primitives privacy

L’innovation se déplace progressivement du modèle de mixing vers une confidentialité native intégrée aux infrastructures blockchain. Les premières implémentations de FHE (Zama, Nillion) permettent désormais l’exécution chiffrée d’opérations simples. Les nouvelles générations de systèmes ZK (Halo2, Plonk) réduisent le coût des preuves et étendent la confidentialité au-delà du simple transfert : gouvernance, settlement, automations.

Les approches cross-chain (Railgun, Nocturne, Anoma) cherchent quant à elles à maintenir une cohérence de la confidentialité entre L1 et L2, malgré la fragmentation croissante des architectures. Ces briques techniques annoncent une transition du secteur : la privacy devient un composant d’infrastructure plutôt qu’un produit isolé.


Conclusion

Le cycle 2024-2025 confirme la singularité du segment privacy au sein du marché crypto. Ses actifs, ses protocoles et ses usages évoluent de manière partiellement décorrélée du reste du marché, porté aujourd’hui par les flux institutionnels et la logique de conformité. Alors que les capitaux réglementés se concentrent sur les ETF et les plateformes agréées, une partie de la liquidité crypto-native continue de migrer vers les environnements sans KYC, perpétuant une forme de dualité structurelle entre finance régulée et finance souveraine.

La résilience de la TVL des protocoles orientés confidentialité, en hausse malgré un contexte réglementaire défavorable et l’absence de flux institutionnels, illustre cette dynamique. L’activité on-chain est maintenue par des usages autonomes, souvent non spéculatifs, qui répondent à une demande réelle de discrétion. Le marché privacy reste un écosystème marginal en taille, mais robuste dans ses fondamentaux sociotechniques.

À l’horizon 2027, plusieurs études anticipent une croissance de 24 % de l’adoption des privacy coins, avec près de 50 % des transactions intégrant une composante confidentielle d’ici 2026. Ces projections confortent l’idée d’un segment désormais perçu comme refuge narratif face à un marché dominé par la conformité.

Dans un marché toujours plus corrélé aux actifs traditionnels, la privacy constitue aujourd’hui la dernière poche de décorrélation significative, un espace où les moteurs d’évolution ne sont pas macro-financiers mais sociopolitiques. Cela ne fait pas de ces actifs un refuge financier au sens traditionnel, mais un refuge narratif, mobilisé lorsque la régulation se resserre ou que la surveillance s’intensifie.

La privacy ne progresse pas à contre-courant, mais à contre-régime. C’est un segment anticyclique, qui s’active lorsque le reste du marché s’institutionnalise. Chaque phase de durcissement réglementaire relance mécaniquement l’intérêt pour les outils de discrétion financière. Plus qu’un vestige du passé, la privacy se révèle être son contrepoint : un espace d’expérimentation et de souveraineté qui persiste, et que la régulation alimente paradoxalement en cherchant à le contenir.

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