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Table des matières

  • Pourquoi Wall Street a vécu sa pire séance depuis 2020 ?
  • Un marché déjà fragile
  • Les data centers au centre des discussions
  • Quand les vendeurs n’ont plus le choix
  • Les obligations comme refuge
  • Le plus dur est-il passé ?
  • Notre lecture
  • Réservé aux membres Premium

Pourquoi Wall Street a-t-il vécu sa pire séance depuis le Covid ?

Publié le6 novembre 2026

Pourquoi Wall Street a-t-il vécu sa pire séance depuis le Covid ?
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Jeudi, le S&P 500 a perdu 4,35% et le Nasdaq 100 s’est effondré de 6,36%, sa pire séance depuis mars 2020, emporté par une chute historique des valeurs de l’IA et des semi-conducteurs. Derrière ce krach, on retrouve des doutes croissants sur la rentabilité des investissements dans l’IA, ravivés par le résultat des midterms et la crainte d’un ralentissement de la construction de data centers aux États-Unis. Mais c’est surtout le levier qui a transformé cette baisse en krach, avec des hedge funds et des ETF contraints de vendre au moment où les acheteurs disparaissaient. Dans cet article, nous revenons sur les causes de cette chute, les raisons pour lesquelles les craintes sur les data centers nous semblent exagérées, le refuge des investisseurs dans les obligations et ce que ce mouvement signifie pour la suite des marchés.


Résumé IA

  • Jeudi, le S&P 500 a chuté de 4,35 % et le Nasdaq 100 de 6,36 %, sa pire séance depuis mars 2020, sous l’effet d’inquiétudes sur la rentabilité de l’IA et les projets de data centers.
  • Les craintes électorales de restrictions locales sont jugées exagérées, mais l’effet de levier a amplifié la baisse : les ETF auraient vendu jusqu’à 47 milliards de dollars d’actions, tandis que les acheteurs se raréfiaient.
  • La phase de ventes forcées pourrait toucher à sa fin, mais d’autres ventes mécaniques ou fiscales restent possibles.

Pourquoi Wall Street a vécu sa pire séance depuis 2020 ?

Mercredi, Wall Street saluait la fin de l’incertitude électorale avec une belle hausse, mais vingt-quatre heures plus tard, le marché américain vivait l’une des séances les plus violentes de son histoire récente.

Le S&P 500 a perdu 4,35%, sa pire journée depuis le Liberation Day d’avril 2025, et le Nasdaq 100 s’est effondré de 6,36%, du jamais vu depuis mars 2020. Les semi-conducteurs ont été les plus touchés, avec un SOXX en chute de 12%, et jusqu’à -20% pour certains titres.

Des chutes de cette ampleur n’arrivent que très rarement, souvent lors de mouvements paniques comme le Covid ou le choc des droits de douane.

Mais alors, comment le marché a-t-il pu passer de l’euphorie à la panique en si peu de temps ? Pour le comprendre, il faut d’abord regarder dans quel état il se trouvait avant même la séance de jeudi.

Un marché déjà fragile

Depuis plusieurs semaines, le doute s’installait sur les valeurs de l’IA. Comme nous l’expliquions dans notre Alpha sur les résultats des Big Tech, les investisseurs ont commencé à se demander si les centaines de milliards de dollars investis dans les data centers allaient vraiment être rentables.

Octobre avait d’ailleurs déjà été le pire mois pour les valeurs tech depuis mars 2025, pendant que les investisseurs se repliaient sur des secteurs plus défensifs comme la santé ou la consommation.

En l’espace de quelques mois, le discours du marché s’est même complètement retourné, puisqu’on est passé d’une pénurie de puissance de calcul au risque inverse, celui d’avoir construit trop de capacités.

La veille de la chute, les perspectives jugées décevantes de Qualcomm et d’Arm avaient encore fragilisé le secteur. Alors, sur un marché aussi tendu, il ne manquait plus qu’une étincelle pour déclencher la panique, et elle est venue des urnes.

Les data centers au centre des discussions

Pour comprendre pourquoi le résultat des élections a autant inquiété le marché, il faut rappeler le rôle des data centers. C’est dans ces immenses bâtiments que tournent les puces de Nvidia, la mémoire de Micron ou les serveurs des hyperscalers, et ils sont au cœur de toute la thèse de l’IA.

Tout ce qui menace leur construction menace donc directement les revenus futurs de toute la chaîne.

Ces derniers mois, la construction de data centers est pourtant devenue un sujet politique majeur aux États-Unis. Les plus gros d’entre-eux peuvent consommer autant d’électricité qu’une ville entière, si bien que les fournisseurs d’énergie doivent construire de nouvelles centrales et de nouvelles lignes pour l’alimenter. Une partie de ces coûts finit par se retrouver sur les factures des ménages, au moment même où beaucoup d’Américains souffrent déjà de la hausse du coût de la vie.

L’eau pose un problème similaire, puisque ces infrastructures en utilisent de grandes quantités pour refroidir leurs serveurs. Dans des régions déjà touchées par la sécheresse, comme une partie du Texas, les agriculteurs et les habitants ont donc le sentiment de devoir partager une ressource rare avec les géants de la tech. Une fois construits, ces data centers créent en plus relativement peu d’emplois, ce qui renforce l’impression que les populations locales en subissent les inconvénients sans vraiment en profiter.

Les candidats se sont naturellement emparés de ce mécontentement, et c’est au Texas, historiquement républicain et l’un des principaux hubs du secteur grâce à ses terrains et à son électricité longtemps bon marché, que cela s’est traduit dans les urnes.

Gina Hinojosa y a remporté le poste de gouverneure après avoir fait campagne sur un moratoire, pendant que dans le reste du pays, de nombreuses communes, notamment dans l’Ohio, votaient pour restreindre les nouveaux projets.

Pour le marché, le Texas reste évidemment le point le plus sensible, puisque selon The Daily Upside, le gel décidé par Greg Abbott en septembre menaçait déjà de retarder près d’un cinquième des projets de data centers en développement aux États-Unis. La victoire de Gina Hinojosa devrait donc se traduire par des règles plus strictes sur qui paie les infrastructures électriques, l’utilisation de l’eau et les avantages fiscaux accordés au secteur.

Ces craintes nous semblent pourtant largement exagérées, d’abord parce que les États-Unis n’ont aucun intérêt à ralentir. L’IA est devenue un enjeu de géopolitique face à la Chine, au même titre que les semi-conducteurs ou l’énergie, et aucun gouvernement américain ne prendra le risque de céder son avance en freinant la construction de ses infrastructures.

Les restrictions votées restent d’ailleurs locales ou propres à certains États, et elles pourront être contestées, assouplies ou contournées. Au Texas, Gina Hinojosa ne prendra ses fonctions que le 19 janvier, et un moratoire durable devra passer par une loi que le Sénat texan, resté républicain, pourra bloquer.

La seconde raison tient au fait que les projets peuvent tout simplement se déplacer si un État devient trop hostile. Les hyperscalers iront alors construire ailleurs, d’abord dans d’autres États américains plus accueillants, puis à l’étranger. Des pays comme les Émirats arabes unis ou la Malaisie accueillent déjà d’importants campus de data centers, et la demande de calcul ne disparaîtra pas parce qu’un comté de l’Ohio a voté contre un projet.

Ces délocalisations ont toutefois leurs limites, puisque Washington encadre strictement l’exportation des puces et a tout intérêt à garder l’essentiel de sa puissance de calcul sur son sol. Elles prendront aussi du temps et coûteront plus cher, ce qui pourrait retarder certains projets et décaler les commandes de certains fournisseurs.

Autrement dit, la construction de data centers devrait ralentir à certains endroits sans pour autant s’arrêter, ce qui n’a pas empêché le marché de réagir comme si toute la chaîne était menacée.

Quand les vendeurs n’ont plus le choix

Ces inquiétudes expliquent pourquoi le marché a baissé, mais pas pourquoi il a baissé aussi brutalement. Pour cela, il faut s’intéresser à ceux qui vendaient, et surtout au fait que beaucoup d’entre eux n’avaient pas vraiment le choix.

Le premier facteur d’amplification est le levier, puisque jusqu’aux élections, de nombreux investisseurs avaient continué d’acheter chaque baisse en empruntant. Selon The Kobeissi Letter, les ETF à effet de levier américains ont ainsi attiré environ 15 Mds $ en octobre, leur plus forte collecte depuis au moins deux ans.

Le problème, c’est que ces ETF, qui cherchent à offrir deux ou trois fois la performance d’un indice, doivent vendre automatiquement quand celui-ci chute fortement. Selon Nomura, ils pourraient avoir dû céder jusqu’à 47 Mds $ d’actions en fin de séance, essentiellement des valeurs liées à l’IA.

Les hedge funds ont ensuite amplifié le mouvement, car ces fonds empruntent souvent auprès de grandes banques pour augmenter la taille de leurs positions. Tant que le marché monte, tout va bien, mais quand il chute, les banques leur réclament des garanties supplémentaires, et un fonds qui manque de liquidités doit alors vendre ce qu’il peut, quel que soit le prix.

Or, selon les données de Goldman Sachs, les hedge funds avaient déjà vendu environ 20 Mds $ d’actions tech en deux semaines en octobre, sans pour autant s’en être vraiment allégés, puisque la tech représentait encore près d’un quart de leur exposition.

À ces ventes forcées s’est ajoutée l’absence d’acheteurs, puisque les particuliers, qui avaient l’habitude de racheter chaque correction des valeurs tech, ont cette fois-ci vécu leur pire journée de ventes depuis la pandémie, avant de se raviser dans les dix dernières minutes de la séance.

Au moment précis où les fonds devaient vendre en masse, il y avait donc beaucoup moins de monde en face pour acheter, et le VIX, l’indice de la peur, a logiquement bondi de 63% sur la séance.

Les obligations comme refuge

Comme souvent lors des mouvements de panique, l’argent qui quittait les actions s’est en grande partie réfugié dans les obligations d’État américaines. Le taux à 10 ans, qui dépassait encore 5,3% fin septembre, au plus haut depuis près de vingt ans, est redescendu autour de 4,8% hier.

Ce mouvement en dit long sur la situation actuelle, car une partie de la hausse des taux de ces derniers mois venait justement de la course aux infrastructures IA, dont les investissements massifs entretenaient l’inflation.

Pour que les taux redescendent, il fallait soit un atterrissage en douceur de l’économie, soit une correction des actions suffisamment forte pour dégonfler les valorisations et refroidir la demande. Pour le moment, c’est plutôt le second scénario qui se dessine.

Le soulagement sur les taux pourrait toutefois être de courte durée, puisque les chiffres de l’emploi publiés aujourd’hui sont ressortis bien au-dessus des attentes, avec 165 000 créations de postes contre 59 000 prévues. Les marchés de prédiction voient désormais environ 79% de chances d’une hausse des taux de la Fed en décembre, et pour les entreprises de l’IA les plus endettées, à commencer par certains neoclouds, le coût du financement reste donc un vrai sujet.

Le plus dur est-il passé ?

Après une séance pareille, tout le monde se demande si le plus dur est derrière nous, et la réponse est nuancée. D’après les échanges que nous avons pu avoir avec plusieurs acteurs institutionnels, les hedge funds auraient déjà réduits une grande partie de leurs positions, ce qui est plutôt une bonne nouvelle puisque ce sont leurs ventes forcées qui ont rendu la séance aussi violente.

D’autres catégories d’investisseurs pourraient toutefois prendre le relais, à commencer par les CTA, ces fonds qui suivent les tendances de façon automatique. Ils achètent quand le marché monte et vendent quand il baisse, sans se poser de question sur la valeur des entreprises, si bien qu’une tendance baissière aussi nette peut déclencher de nouvelles ventes mécaniques dans les prochains jours.

Les particuliers, qui commencent tout juste à vendre après avoir racheté chaque baisse ces dernières années, et les fonds plus traditionnels, encore relativement épargnés, pourraient eux aussi alléger leurs positions si la chute se prolonge.

Le calendrier n’aide pas non plus, puisque nous approchons de la fin de l’année. Aux États-Unis, beaucoup d’investisseurs vendent leurs positions en perte à cette période pour compenser leurs plus-values et réduire leurs impôts, et les valeurs IA qui ont le plus chuté sont les premières concernées.

Le marché peut donc encore baisser dans les prochaines semaines, mais pour d’autres raisons, mais la phase la plus violente, celle où l’ensemble du marché a chuté sans distinction, semble toucher à sa fin.

Notre lecture

Une chute de cette violence ne signifie pas que les perspectives des entreprises se sont dégradées autant que leur cours de Bourse. Une bonne partie de la baisse vient de ventes forcées, et les marchés peuvent rebondir tout aussi violemment une fois ces ventes terminées.

Il faut pourtant rester prudent, car le marché reste très tendu, les valorisations de départ étaient élevées, et il ne pardonne plus rien aux entreprises de l’IA. Moyenner à la baisse sans prendre le temps de faire le point peut coûter cher, car certaines valeurs qui semblent bon marché sont en réalité bien plus risquées qu’elles n’en ont l’air.

Ce genre de séance a toutefois l’avantage de servir de filtre, en montrant très clairement quelles entreprises ont tenu malgré la panique et lesquelles ont été liquidées en priorité. C’est d’ailleurs souvent parmi les entreprises solides sanctionnées à tort, plutôt que parmi celles qui ont simplement le plus chuté, que se cachent les meilleures opportunités.

Réservé aux membres Premium

Dans notre dernière Alpha Premium, nous avons passé en revue les valeurs les plus touchées par cette chute pour distinguer celles qui ont été sanctionnées à tort de celles dont la baisse est justifiée, et identifier les meilleures opportunités pour nos membres.

Parce qu’après une séance pareille, notre objectif n’est pas de prédire le point bas du marché, mais de savoir quelles entreprises méritent votre attention une fois la chute terminée.

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